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  • Froussarde vagabonde (1)

    
    
    
    
    

    Une histoire de musique, de voyages, de garçons, de végétaux…

    . et de bière

    (note: Ceci est une fiction issue de mon imagination, absolument rien n’est réel! Donc, pas la peine de t’inquiéter pour moi papa ami lecteur ^^)

     


    Cet ouvrage est un livre de jardinage.


    Je cultive bon nombre de plantes dans mon jardin.
    Ce n'est pas toujours facile.
    Il faut choisir quelle plante l'on décide de faire pousser,
    et savoir parfois en sacrifier une qui n'a plus sa place dans notre jardin.
    Et bien qu'aujourd'hui mon jardin m'enchante, il n'a pas été évident d'en
    arriver au résultat actuel.
    Si maintenant mon jardin, bien que touffu, m'apporte la paix, il avait plus
    une apparence de jungle à ses débuts, où je laissais les plantations pousser
    dans tous les sens sans savoir comment agencer quoique ce soit.
    Je subissais plus la pousse que je ne la gérais.
    Cette histoire est donc une épopée végétale.
    Une histoire de cultivateur, de terrain en friche que l'on transforme
    petit à petit en jardin du paradis,
    avec une multitude de plantes diverses et variées,
    une histoire de jardin secret.
    Une histoire de graines reçus, une histoire de graines données.
    Certaines ont germées, se transformant en belles plantes,
    d'autres ont donné naissance à des plantes mutantes,
    d'autres encore restent des graines,
    mais le cycle recommence, et la prochaine fois, qui sait, une nouvelle plante
    poindra le bout de son pistil.
    J'aime donner les graines issues de mes plantations ;
    avec elles, chacun fera pousser son jardin comme il l'entend,
    mais avec le plus d'éventuels possibles.
    Il est préférable d'avoir plein de graines à disposition pour pouvoir
    réellement choisir notre propre végétation.
    Notre jardin, celui où pousse les plantes que l'on veut y voir,
    et d'autres parfois qu'on ne fait que tester,
    ainsi qu'un tas de mauvaises herbes qui ne le sont plus
    une fois que l'on connaît leurs propriétés.
    Une histoire dans laquelle on ne sait pas toujours
    si le jardinier et son œuvre
    ne dont pas une seule et même personne.
    D'ailleurs, c'est peut-être ça, un bon jardinier :
    quelqu'un qui laisse son âme dans ses compositions.
    Un bon jardinier est un artiste.

    Les voix

    La gare centrale, midi.

    J’observe deux groupes bien distincts dans la faune environnante.

    Il y a tout d’abord les gens qui n’ont pas de train à prendre.

    Zonards, souvent accompagnés de leur chien et de leur bouteille, évoluant dans les lieux tel un bourgeois bien à l’abri dans sa maison, lorgnant à intervalles réguliers les autres autochtones afin d’évaluer les cibles potentielles pour continuer leur manche.

    Passants pressés, se contentant simplement de survoler la zone sans interaction aucune avec leur semblables, perdus dans leurs objectifs à tel point qu’ils ne se réveilleront sûrement qu’une fois arrivés à leur point de destination.

    Puis il y a les gens qui attendent, ceux qui ont un train à prendre.

    D’un côté, bousculades, fébrilité et crises de nerfs, trépignements et tours inutiles accompagnés de la musique crissante des roulettes. Envie de se défouler en faisant les cents pas, mais (pas fou!) , sans lâcher sa valise.

    De l’autre, apathie, endormissement léger, affalés sur des sacs, musique sur les oreilles, lecture de magasines qu’on aurait jamais acheté dans un autre contexte.

    Un point commun pour ceux qui attendent : de frénétiques coups d’œil vers le tableau d’affichage. On dirait que la salle entière est atteinte d’un tic nerveux particulièrement contraignant, consistant à lever la tête dans un sursaut, comme si quelque chose d’incroyable avait pu se passer pendant que l’on regardait ailleurs.

    Cela dit, certains ont trouvé une technique : s’assurer de ne jamais, ô grand jamais, quitter le tableau des yeux. J’ai moi même adopté une technique basée sur mes compatriotes. Dès que je sens un Mouvement Général, je sais qu’un nouvel horaire a été affiché. Je consens alors à jeter un rapide regard dédaigneux à cet affichage maléfique volant les cerveaux pour savoir d’où mon train partira.

    Voie 1A.

    Forcément, c’est à l’autre bout.

    Je m’engage à la suite du Mouvement Général.

    L’on croise un autre troupeau arrivant en sens inverse. Il y a quelques coups de coude qui s’échangent. Beau match. Mon équipe sort victorieuse. Ils ont pour eux la force de ceux qui ne veulent pas louper leur train et qui se disent que l’équipe adverse est déjà arrivée à destination.

    Notre train part dans vingt minutes cela dit.

    Une joueuse sort du rang pour ramasser le gant d’une de nos coéquipières et entame un sprint à travers le terrain pour le rendre à sa propriétaire.Tout le monde crie après la dame au gant manquant mais elle n’entend pas, toute perdue dans ses oreillettes. Après quelques passes, le gant est enfin attrapé par sa propriétaire juste avant qu’elle ne s’engouffre dans son wagon.

    Ou plutôt le gant a enfin rattrapé sa propriétaire.

    Tout dépend du point de vue.

    Je pars aussitôt dans ma rêverie et repense à une nuit où, assise sur un banc, dans le parc attenant à la bouche de métro, je regardais les arbres m’environnant. Je connaissais ce paysage par cœur, le voyant à chaque fois que je devais emprunter les rames souterraines. Mais cette fois ci, sous une impulsion soudaine, je me penchais en arrière, le dos arqué sur le dossier du banc, et regardais cette vision habituelle sous un angle inhabituel.

    Les formes paraissaient différentes, et ce nouveau point de vue me donna l’impression de voyager dans des contrées nouvelles. Tout d’abord désorientée, je n’arrivais plus à savoir ce que j’étais en train d’admirer. Les formes qui m’étaient familières ne concordaient plus à l’image que j’en avais, et je pris quelque temps à tout remettre dans le bon ordre. L’infini du ciel me donnait l’impression d’un gouffre dans lequel je pourrais chuter s’il n’y avait eu les branches pour me retenir.

    C’était confondant.

    Je sursaute lorsqu’un train nous croise en sens inverse.

    Tiens, on était partis.

    Cela m’arrive souvent. Je me perd dans d’interminables discussions avec moi même et perd complètement pied avec la réalité. Je me laisse aller au tangage de mon TER et regarde le paysage qui défile.

    Qui défile lentement.

    Un vélo nous dépasse.

    Cependant, pas de quoi pavoiser pour le cycliste. Un jogger aurait pu y arriver. D’après ma montre, cela fait déjà dix minutes que nous sommes sensés être partis, mais nous n’avons toujours pas dépasser la vitesse « sortie de gare »

    Je focalise mon attention sur la casse que nous longeons. Les carcasses de voitures rouillées m’intriguent et m’interpellent. Je les trouve à la fois belles et effrayantes, attirantes et malsaines à la fois. Ces objets ont vécus tellement de choses avant d’en arriver à cet état de décomposition. Les voitures, si utiles et à la fois si dangereuses. Quelles histoires auraient elle à raconter, quelles aventures ont elle vécues avant de finir ici ?

    Ca me fait le même effet que les vieux wagons des convois de marchandise.Ils me font penser à la guerre, lorsqu’ils étaient utilisés pour convoyer de pauvres êtres vers une mort certaine, alors qu’aujourd’hui, ils véhiculent leurs chargement de denrées diverses et merveilleuses.

    Toujours ce contraste entre leur belles et leurs hideuses possibilités.

    Ils représentent cette double face présente en chacun de nous, que l’on doit apprendre à gérer sans la tuer parce qu’elle fait partie de l’ensemble. Nos peurs, qui lorsqu’elles sont écoutées, nous aident à prévenir le danger, et qui lorsqu’elles nous dominent, nous poussent aux pires atrocités.

    Je me lève dans un bond, attrape mes affaires et saute sur le quai à la dernière minute.

    Mon train a du accélérer subitement parce qu’on est arrivés à l’heure, mais encore une fois, je n’ai pas su rester connectée à ce qui m’environnait. Je me met une note mentale pour travailler la dessus avant de me réveiller à l’autre bout de la France.

    -Encore une fois ! se moque de moi un des habitants du village de mon cerveau (je n’ai jamais su exactement à combien l’on vivait). Ne te rappelles tu pas la fois où tu t’es réveillée à Rennes ? »

    -Ah mais ce n’était pas du tout pareil ! Je m’étais réellement endormie ! me défendais-je. Et puis de toute façon, ce n’est pas le moment de te payer ma tête, je suis assez stressée comme ça !

    Je me fais vaguement la remarque que, pour mon cerveau, se payer ma tête, ça équivaut à payer son loyer.

    -Tout à fait, intervient subitement quelqu’un d’autre dans mon esprit. Laisse la tranquille, sinon elle va encore nous entraîner dans une catastrophe.

    Parti comme c’est, je vais effectivement les entraîner dans une catastrophe s’ils ne se la bouclent pas. La discussion se calme, apparemment, pour une fois, tous le monde est d’accord.

    Ou je leur ai fait peur…

    Ces moments sont si rares.

    ********************************

    J’avais répondu à une annonce pour chanter dans un groupe d’animation musicale, le genre de groupe où tu chantes de la pop tout l’été dans les campings. Pas super intéressant mais idéal pour faire un maximum de dates, et peut-être était ce le début d’une nouvelle vie où je gagnerais mon pain quotidien avec la musique.

    Je sentais palpiter au fond de mon être une petite flamme d’inspiration, mais je ne savais pas comment l’attiser. Et j’avais peur qu’elle s’éteigne si je ne trouvais pas rapidement comment y accéder. Alors j’espérais qu’en me plongeant dans le monde musical, même via un projet qui ne m’enthousiasmait pas, j’arriverais à débloquer le verrou de ma créativité. J’espérais devenir celle que j’avais l’impression d’être sans oser y croire vu que je ne m’en imaginais pas réellement capable.

    Une phrase compliquée pour dire que je manquais cruellement de confiance en moi.

    Je vérifiais sur mon plan la direction à prendre et commençais à me diriger vers la salle de répétition que l’on m’avait indiquée. Je révisais mentalement les textes des chansons imposées pour l’audition. De la soupe, pleine de sentiments calibrés pour le grand public, sans aucune réelle valeur poétique.

    Ca m’écorchait la langue à chaque fois que je les chantais.

    Cela dit, la qualité de la composition musicale ne relevait généralement pas le niveau, donc j’avais aussi les oreilles qui saignaient. C’était raccord.

    Plus j’avançais, plus j’étais aux prises avec des sentiments contradictoires. Au fond, je ne savais pas si je voulais réellement réussir cette audition. Premièrement, je n’avais vraiment pas envie de pourrir mon cerveau avec un tas de chansons suintantes, ni mon emploi du temps estival à massacrer ma vision de la musique. Deuxièmement, je me questionnais : avais-je plus peur que l’on me donne une chance et dès lors devoir subir cette torture, ou de me faire rejeter et de gérer avec mon ego ?

    Finalement, tant que l’on ne vit pas les choses, il reste l’espoir qu’elles arrivent. Mais une fois que la première impulsion est lancée, si l’on échoue, que nous reste-t-il ? Qu’un goût amer… Celui de l’échec, avec son fond d’irrémédiable.

    « En essayant continuellement, on finit par réussir, donc plus ça rate, plus on a de chances que ça marche! Devise shadok !, tente de me rasséréner Bonne Mère, l’habitante-qui-rassure de mon esprit. Ne sois donc pas si défaitiste, rien est irrémédiable tant que l’on vit ! »

    Cause toujours avec tes références à la noix. Parfois, je me demande si toutes les parties de moi même ont eu la même éducation.

    dJe ne me rappelle pas avoir su ce qu’est un shaddok…

    Et puis de toute façon, je n’ai pas envie d’y croire. Je préfère voir les choses en noir, au moins, comme ça, je ne peux avoir que de bonnes surprises. Bonne Mère rentre dans sa case avec un soupir. Je m’assoie sur un banc en attendant mon tour.

    J’observe les autres candidates avec circonspection. Il y en a de tout acabits. Des professionnelles, des amatrices confirmées, et de jeunes débutantes selon toute évidence. Des timides, des excentriques, des stressées, des pratiquantes de la méditation… J’en vois même une en train de se venger sur une poche de bonbons cachée dans sa veste. J’espère pour elle qu’elle ne sera pas en pleine digestion pendant son tour.

    Le nombre de candidates dans la salle d’attente se réduit progressivement, tandis que je reste prostrée sur ma chaise à tourner dans ma tête des phrases sensées me rassurer, mais qui ne font que me rendre encore plus impatiente.

    Je décide de laisser tomber toute dignité et me met à faire une séance d’étirements au milieu de la pièce. Ca me détend. Quelques filles se mettent à rire. Tant mieux pour elle, comme ça, elles se détendent aussi. Lorsque l’on vient chercher la suivante, la tension est moins palpable dans l’atmosphère. Le guitariste, apparemment chargé de nous faire entrer les unes après les autres, regarde mes mouvements d’un air à la fois amusé et approbateur.

    La porte se referme.

    Branle-bas de combat, quelques filles se lèvent d’un bond et se mettent à m’imiter. J’ai perdu mon envie de me défouler.

    Je me sens écoeurée.

    Le moment où j’abandonne la partie avant d’essayer est arrivé. Je rassemble mes affaires tout en me demandant ce qu’il m’a pris de croire en cette possibilité.

    Moi, chanteuse.

    C’était n’importe quoi.

    Je suis pianiste, et je ne touche plus mon piano. Je ne suis donc plus rien. (ceci est un bon exemple de pensées positives, et cette dernière phrase est un exemple d’ironie)

    J’allais franchir la porte de sortie pour m’échapper quand le guitariste est arrivé et à beugler mon nom. Pas la peine de crier. J’arrive. De toute façon, je suis déjà sûre que ça ne fonctionnera pas. Je n’ai donc rien à perdre.

    Les quatre paires de yeux braquées sur moi, au milieu d’une salle un peu sombre, l’atmosphère étouffantes dans laquelle flottent les effluves des divers parfums des filles précédentes, tout ça me donne la nausée. Super, je vais leur vomir dessus si ça continue. Je verrouille tant bien que mal mon estomac et relève la tête. Maintenant que j’y suis, j’ai le syndrome « plus vite commencé, plus vite fini » qui me reprend.

    « dépèche toi de tout gâcher qu’on rentre à la maison ! me lance L’horrible Voix de la Peur. De toute façon, tu aurais du rester à la maison, c’était moins risqué ! »

    Elle a une certaine logique dans son raisonnement cette satanée peur. Il y a quelques minutes, elle avait peur de l’échec, peur de la réussite, et voilà maintenant qu’elle me dit préférer ne pas essayer du tout.

    Je la comprend cela dit… Qu’est ce que je fais là ?

    J’empoigne le micro d’un air résolu, mais n’arrive pas à empêcher les tremblements intempestifs de ma main.

    « stressée ? » me lance laconiquement le batteur dont je ne vois plus qu’un œil et une touffe de cheveux dépasser d’une cymbale gigantesque.

    « faut pas » conclut-il sans me demander mon avis, avant de lancer le décompte, sans prévenir.

    Je chante, j’ai la voix qui tremble, mais j’arrive à maitriser les parties sensibles. Je raconte un tas d’idioties entre deux chansons, mais en gros, je ne m’en sors pas trop mal. Le guitariste à l’air ravi tandis que le batteur a toujours l’oeil blasé de tout.Le bassiste me regarde d’un air bizarre. Il a presque l’air…effrayé.

    C’est étrange.

    On me raccompagne à la porte, merci, au revoir, et basta. Je me retrouve sur le trottoir avec soulagement et rentre chez moi en essayant d’oublier ce moment difficile. Je croise un café sur mon chemin, fouille dans mes poches, et après comptage, m’installe en terrasse et commande une pression (liquide) pour faire descendre ma pression (nerveuse). Je commence à descendre ma bière, tout en m’obligeant à la siroter pour faire durer le plaisir (je n’ai plus un rond), me pose face à moi même et me réprimande vertement de ce comportement de fuite que j’adopte tout le temps, dans toute situation.

    Amour, travail, amitié, famille…

    Je suis une fuyante.Je fais passer l’idée avec une gorgée un peu plus longue. Pire, j’arrive à me saboter toute seule. Cette croyance que si tout va bien ça ne peut pas durer me tue lentement. Elle tue mes espoirs et ma volonté, m’empêche de croire en mes envies ! Elle a fait de moi quelqu’un qui se contente de ce qu’elle a, mais qui du coup ne cherche pas à obtenir ce qu’elle veut au plus profond.

    Mon raisonnement est simple. Si je n’ai rien, je peux rêver d’obtenir quelque chose, mais si j’ai ce quelque chose, je peux alors cauchemarder de le perdre.

    Et je préfère rêver.

    J’ai toujours préférer vivre ma vie dans la fiction. Romans, films fantastiques, musique, jeux vidéos, projets irréalisables qui permettent de laisser son esprit vagabonder, ma vie frôle le virtuel.

    Je regarde mon verre et n’ai même plus envie de boire.

    Même constat pour mon célibat.

    Après chaque séparation, même quand c’est moi qui partais, je morflais. En étant seule, je ne risque pas de perdre ce qui fait une partie de mon équilibre.

    Seule, je suis plus forte.

    Je ne compte que sur moi et ne suis jamais déçue par l’autre. Si j’en veux à quelqu’un, c’est à moi même. Et ça, je peux vivre avec. Et au moins, je ne laisserais personne me détourner de mon chemin.

    Je veux boire une nouvelle gorgée, me rend compte que mon verre est déjà à moitié vide et n’envisage même pas que cela sous-entend aussi qu’il est à moitié plein.

    Forte, forte, je dois devenir plus forte.

    Je ne peux pas me reposer sur une autre épaule, car si je perd ce soutien, je m’effondre. Seule, je m’endurcis. Seule, je grandis. Forte, plus forte, encore et toujours.

    J’ai déjà siroté plus de la moitié de ma bière…

    Je la regarde d’un air blasé et bois le reste d’une seule et même longue gorgée.

    Comme ça, j’arrêterais de me lamenter sur le fait qu’elle sera bientôt finie.

    Je pars regagner mes pénates.

    (à suivre….)

  • Paradoxe de l’artiste

     
    Paradoxe équivoque de l'artiste qui convoque
    De son âme ventriloque les tourments qu'il ressent
    Plongeant profondément en couchant par son sang
    Dans une réalité alternée par l'extase
    Des douleurs dans l'emphase d'un instant de bonheur


    Aventurier des sens cachés, à déterrer des maux enfouis
    Explorateur des cœurs fauchés par les rancoeurs de ce qu'ils fuient,
    Toxicomane de tout ces songes dont il émane ces mots qui rongent,
    Il s'en exalte et les transforme, transcende les normes et se régale
    D'avoir l'espoir comme exutoire, tissant sa toile jubilatoire


    Des nuits passées à ressasser, des jours perdus dans le reclus,
    Le temps fluctue en bondissant, selon l'esprit, selon l'envie,
    Ralentissant, s'accélérant, devient torture, césure de vie,
    Sans la censure enfin jouissance par la puissance de l'art du beau,
    Chaque fois renaître de ses fléaux, et se repaître de son mal-être.
  • Solutions « clé-en-main » , police et recettes de cuisine.

    s

    Il est 23h, au volant de sa voiture, un homme rentre chez lui, la tête absorbée par sa journée de travail. Il a encore fait beaucoup d’heures supplémentaires et s’inquiète de ne pouvoir boucler son dossier à temps. Le feu est vert, il traverse, l’esprit focalisé sur le budget prévisionnel trop peu conséquent pour finaliser le projet.

    Le feu est vert alors il traverse sans y penser, parce que son pilote automatique sait que vert=pas de danger.

    Pas de chance pour lui de croiser la route de cet autre homme dont le pilote automatique a momentanément oublié l’association rouge=danger.

    Rouge=stop mais pourtant vroum vroum et…

    Boum. Crac. Aïe.

    Nul besoin d’autres éléments que cette fin d’onomatopées pour comprendre mon histoire.

    C’est pourquoi je ne crois pas en l’autorité, mais en la responsabilisation.

    Passer sans regarder à l’intersection parce que le feu est vert, c’est suivre une règle au lieu de suivre le bon sens. Car lorsque les sens sont en alerte, la conscience du moment présent pousse à la pleine efficacité, en focalisant les pensées sur ce qu’il se passe et non sur autre chose.

    Alors que se contenter de suivre une règle devenue réflexe d’habitude rend paresseux. Pourquoi faire attention alors que le chemin a été balisé pour limiter les risques ?

    C’est bien souvent comme cela que naissent les accidents de parcours.

    Vacances, logement, amours, carrière, ameublement, compilations musicales, raccourcis divers et variés…

    Les solutions « clés-en-main » foisonnent et proposent à chacun encore un peu plus de laisser-aller à la facilité de ne pas se poser de questions, de ne pas se « prendre la tête ».

    Notons au passage le fait que se prendre la tête peut faire allusion à un problème entre deux personnes (qui feraient mieux d’arrêter de se parler plutôt que d’essayer de régler le problème, ça fait moins de bruit) ou au fait de se la prendre tout seul, ce qui serait apparemment quelque chose de tout aussi négatif.

    Parce que oui, lorsque tu prends le temps de réfléchir sur toi-même, sur le sens de la vie, ou autre passionnante réflexion, il y a tout le temps quelqu’un prompt à te dire d’arrêter de « te prendre la tête », t’assénant cette phrase comme une perle de sagesse.

    Pour vivre heureux, évitons de penser, et si tu le fais, fais le discrètement parce tu m’obligerais à réfléchir moi aussi si tu continues. Et d’ailleurs, rien que de te voir ça me fatigue.

    Allez, arrêtes de te prendre la tête ! (…parce qu’en fait c’est à moi que tu la prends. Je m’en fous de tes états d’âme. Je m’en fous déjà des miens alors bon….)

    Pourquoi dénierait-on aux idées le droit de s’imposer ? Si elles toquent constamment à la porte, c’est peut-être qu’elles ont quelque chose à dire ? Et si on ne leur ouvre jamais, elles deviendront insistantes, jusqu’au moment où, épuisées, elles s’éteindront, sans avoir pu livrer l’information qu’elles portaient, nous faisant peut-être perdre à jamais un des rouages de notre être profond.

    La soumission à l’autorité est une paresse de réflexion.

    Dans cette période de répression et d’agitation sociales, où la police ne sait plus comment garder la tête droite face au ras-le-bol généralisé, où tout le monde commence à discuter politique et solution, prenant conscience enfin de notre capacité à chacun de prendre le monde en main, réfléchir est notre meilleure arme. Car d’un côté, il y a la loi, avec son lot d’absurdités imposées pour nous faire cohabiter de force, et de l’autre l’écoute et la compréhension, des espaces de discussions pour essayer de faire tous ensemble un monde mouvant et adaptatif, tel la nature même.

    Je vous laisse deviner quelle solution est la plus compliquée ?

    Bien sûr, celle qui ne posera jamais de solution « toute faite », rassurante sur le « comment se comporter », celle qui n’obligera pas à tout remettre en question constamment.

    Force est de constater que nous préférons apparemment suivre le troupeau pour éviter d’affronter les loups.

    Et pourtant même, c’est l’échec de la responsabilisation face à l’autorité qui devrait nous aider à comprendre que les choses ne peuvent plus avancer à coups de fouet.

    C’est comme choisir de continuer à mettre des couches plutôt que d’apprendre à maîtriser son urètre.

    Au bout d’un moment, y’a quelque chose qui sent pas bon.

    Car plus l’oppression monte, plus l’individu se sent incompris et méprisé. Plus on lui propose des solutions toutes faites, plus son inconscient saura qu’il a été dénié, et le malaise montera.

    Sans que l’individu sache d’où il vient réellement. Et c’est là que les tensions montent, de chaque côté des barrières l’on s’envoie de la haine, parce que l’on cherche à imposer à l’autre son mode de pensée. Parce que l’on ne vit pas dans un monde qui accepte différentes options simultanément, il n’existe plus d’autre choix que d’imposer les siens à autrui.

    C’est cela ou l’abandon de soi même pour la soumission aux mœurs des autres.

    Il y a eu, il y a environ quinze ans, une période dite de la police de proximité, où l’on tentait d’instaurer un dialogue pour privilégier la prévention à la répression.

    Je me rappelle encore de cette merveilleuse phrase de propagande qui résumait pour moi le métier de policier ; un métier pas comme les autres, au service des autres…

    C’est-il pas beau !?

    Bien sûr, l’expérience aurait pu fonctionner si le but réel avait été de pousser chacun à la responsabilisation en lui montrant son importance dans l’organisation du monde, mais elle fut bien sûr détournée en bourrage de crâne pour citoyenneté « clé-en-mains »….

    En gros, ferme là et apprend à obéir.

    Et on se demande pourquoi ça n’a pas fonctionné…

    Au lieu de pousser les gens à s’améliorer, on essaye de les museler. Alors évidemment, ça donne envie de mordre. De se battre, de se débattre au lieu de débattre.

    Quand au « service des autres », je ne préfère même pas en parler pour le moment, on serait vite hors-sujet.

    Alors quoi ?

    Qu’est ce qu’on fait ?

    On continue à se taper les uns dessus les autres ou l’on tente de reprendre les idées ?

    On continue de perpétuer l’obsolète en essayer de calquer les solutions d’hier sur les problèmes d’aujourd’hui?

    Faire de la pâtisserie machinalement, voilà ce à quoi ça me fait penser.

    Si au lieu de suivre une recette piochée au hasard pour faire notre gâteau nous commencions à innover, à tester, quitte à louper, pour comprendre au fur et à mesure la délicate alchimie qui transforme les ingrédients en mets délicieux…

    C’est bien de savoir suivre une recette, mais c’est tellement mieux de comprendre comment les aliments se comportent, à la cuisson, en se mélangeant, en les battant, quels sont les principes physiques qui régissent tout cela ?

    En comprenant la logique, notre imagination peut guider notre compréhension en dehors des sentiers battus. De plus, fini l’angoisse d’un ingrédient manquant lorsqu’on sait à quoi il sert dans la recette de base. Système D, créativité, innovation, la frontière entre les trois est bien peu conséquente !

    C’est comme…..apprendre une langue étrangère par exemple : on essaye de comprendre comment elle fonctionne, en écoutant les gens parler, à comprendre leur raisonnement, la logique de leur langue, au lieu d’essayer de la parler avec la logique de notre langue et un tas de règles apprises par cœur pour compenser.

    Faire un monde tous ensemble, c’est aussi compliqué que de choisir une pizza pour quatre quand personne n’aime les mêmes choses. On discute, on trouve la base qui plaît à tout le monde, et puis au pire, on fait moitié-moitié pour les saveurs. Et si y’en a un qui râle parce que ça l’emmerde que sa moitié de pizza soit cuite sur la même pizza que la moitié oignons, et ben qu’il se prenne sa pizza dans son coin, et partage qui veut. Du moment qu’il ne m’impose pas de ne pas mettre d’oignons sur ce que je mange… Et si jamais je suis seule à vouloir des oignons, je verrais si mon envie d’oignons est plus importante que mon envie de manger une pizza partagée à ce moment là ou non…. (la vie se résume souvent à ça : bouffe ou sociabilité…) Et si oui, ben ce sera moi qui mangerais ma pizza toute seule dans mon coin en attendant la prochaine fois!

    Quoi ?

    Ma métaphore culinaire tombe comme un cheveu sur la soupe c’est ça ?

    Après, si vous trouvez mon humour quelque peu tiré par les cheveux, faut le dire.

    Pas la peine d’en faire tout un fromage. (même si c’est bon sur la pizza)

  • Papillon éphémère et Le conteur

    Après moult cris et pleurs (mais où est ce que l’on peut lire tes teeeeexteuh!!), voilà le blog d’Alfazaya pour pallier à ce problème! Alors, on va y aller petit à petit (j’ai du retard, beaucoup de retard…ça ne s’appelle même plus du retard d’ailleurs…) et pour commencer, autant prendre celles qui sont illustrées.

    Enfin….vidéastrées.

    Un très joli mot.

    Merci à ce touriste vidéaste qui nous a fait une belle surprise, beau travail!

    Papillon éphémère

     

    Tel un papillon, je sais que ma vie est éphémère,
    Le vent, balaye les grandes idées, seules resteront toutes nos actions,
    Le temps s'étend pourtant plus loin qu'un lendemain
    Personne d'autre ne vit pas vie
    Je veux décider, je veux décider de la route à emprunter
    Mes rêves d'enfants m'emportent au loin

    Se relever, ne jamais abandonner, mais toujours continuer
    L'échec n'arrive que lorsque l'on arrête d'essayer
    Mais toutes mes peurs veillent à me ralentir
    Devoir m'en occuper m'aide à me dépasser


    Le conteur
     

    Je te conte une histoire se passant un matin
    Je raconte cette histoire qui parlait d'un lutin
    Mais tout bien réfléchi, il était p'tet minuit
    C'était pas un lutin, j'me rappelle pas très bien

    C'est un conte sans histoire mais pas mal de déboires
    Elle démarre sur le trottoir ou peut-être dans un bar
    On s'était mis à boire, on se marre, on se barre
    Et toute seule dans le noir je voudrais le revoir

    Le conteur est parti, l'histoire est-elle finie?
    Le conteur est parti et je ne pense qu'à lui

    Il nous conte des histoires, il raconte les mémoires
    Un sourire et des rires c'est ce dont je me souviens
    Et mon coeur qui délire, c'est ainsi je n'y peux rien
    Le conteur fait vibrer mes sens et mes idées

    Il m'a laissé une graine et moi je l'ai plantée
    Et c'est cette rengaine qui s'est mise à pousser
    Jamais je n'oublierais les histoires d'ce lutin
    Ou était-ce un humain j'me rappelle pas très bien


    Le conteur fait rêver les gens désabusés, 
    Les entraîne dans un monde de mille lieux à la ronde
    Puis il prend son bâton, loin des qu'en-dira-t-on
    Pour refaire le bavard sur d'autres boulevards

    Le conteur est parti cette histoire est finie
  • Torture, sectarisme et temps libre.


    « Si tu travaillais toute la semaine, tu n’aurais pas le temps de penser aux problèmes du monde, le soir quand tu rentrerais, tu aurais juste envie de te détendre. De toute façon, ces problèmes ne te regardent pas, laisse ça à d’autres ».

    C’est lorsqu’un proche m’a dit cela que j’ai vraiment compris cette croyance bien ancrée : il suffit de se laisser porter par les choix des « plus grands ». Que seul le ticket de loterie glissé ponctuellement dans une urne leur assure de faire partie des choix d’avenir, d’être acteur du changement. Et puis le reste du temps, n’y pensez pas mes bons, on s’occupe de tout ! Déchargez vous de ce poids qu’est la réalité.

    Travaillez plus, pensez moins.

    Laisser une minorité décider pour la majorité, sous couvert de représentation du peuple (tronquée par les abus mus par l’appât-argent) c’est laisser cette minorité choisir un monde à leur avantage.

    Comment ?

    Serais-je audacieuse ou fantasque en parlant de lavage de cerveau ?

    Allez, je me lance !

    On pousse chacun a chercher le pouvoir pour justifier ce système politique.

    Pour que le peuple ne se sente pas dupé, se créent plein de postes où chacun peut avoir un peu plus de pouvoir sur les autres, pour avoir l’impression d’évoluer, d’avoir un but à rechercher. Une quête née d’images véhiculées par les divertissements nombreux et variés.

    Divertissements chronophages au détriment de la recherche de solutions équitables.

    Notre serpent se mord la queue. (citoyens anthropophages vous avez dit?)

    Le peuple est tranquillisé, il peut rejeter sa frustration sur un subalterne : il n’est pas tant à plaindre que cela, finalement, ces contraintes, c’est pas si important, on s’adapte comme on peut !

    Les gens qui ont « réussi » l’ont bien mérité, (quitte à marcher sur quelques têtes) ils ont « gagné leur place au soleil » c’est pas facile, tout le monde ne peut pas y arriver, quel exemple !

    Ouais, donc en gros t’es ok pour que les gros cons dominent le monde…

    Heureusement qu’il existe des gens qui s’occupent à sa place des divers problèmes que le monde a l’air de générer, parce que lui n’a ni le temps ni l’envie de se faire mal en y pensant.

    Parce qu’être lucide n’a jamais rendu la vie plus facile.

    Ce qui explique la popularité des sectes et autres systèmes de croyance dogmatiques.

    Plus pervers encore, il croit qu’il n’en est pas capable, qu’il n’a pas la possibilité de faire quelque chose de lui-même.

    Depuis notre plus tendre enfance, on nous pousse à écouter les autres sans développer notre propre point de vue, cette fameuse liberté d’opinion qui nous est pourtant si chère.

    Difficile quand on a pris l’habitude d’écouter ce que nos éducateurs (« maîtres et maîtresses », parents et autres « grands ») nous disent, de croire en leur parole comme une vérité absolue, de taire nos propres besoins et envies. Le chemin de l’enfance ne laisse hélas pas assez de place à l’individu, aux divers sons de cloches existants dans l’univers.

    Lorsque, petits, nous réfléchissons à ce que nous disent les adultes, bien souvent l’inconsistance de leurs réponses nous laissent songeurs, mais nous croyons tellement que l’on comprendra « en grandissant », que les idées se propagent en laissant résonner l’écho de leur cloche insidieuse…

    L’étude des « grands » auteurs, peintres, musicien laisse peu de place à la recherche personnelle, à la créativité, à la réflexion. En assénant des artistes « reconnus » comme la norme du bien, combien de potentiels créateurs ont laissé leur flamme s’éteindre à force de croire qu’ils n’étaient pas « au niveau », combien n’ont pas cherché leur propre style ,faute à une admiration sans bornes pour quelque autre créateur que certains auront qualifié de génie !

    Même lors des tardifs cours de philosophie il est moins demandé de réfléchir que d’apprendre par cœur des tonnes de citations. Même si on commence quand même à autoriser à réfléchir, sur la base d’autres pensées (sur lesquelles devrait se reposer notre pensée, si vide sans cela!), soit, mais quand même, la notion d’opinion personnelle est (enfin!) à portée.

    Encore une fois, l’idée rampante étant que le « grand » est omniscient, avant, tu étais « trop petit » pour réfléchir.

    Enfin ! Maintenant, tu peux.

    Normal, ça fait assez longtemps qu’on te lobotomise.

    Ou lobbytomise, au choix.

    Ce que l’on nomme éducation n’est en fait qu’une vaste comédie vouée à faire de nous de dociles « citoyens » prêts à se sacrifier volontairement pour faire fonctionner la grande roue dans laquelle sont installés bien confortablement quelques individus qui profitent de la vue en se curant le nez et en balançant leur crotte par la fenêtre. (si un jour un pigeon s’est déjà lâché sur ton épaule tu vois de quoi je parle. Reste à se demander qui est le pigeon dans le premier cas.)

    Pourtant depuis combien de siècles déjà de nombreux penseurs ont tenté de désamorcer cette réalité accablante pour notre propre volonté qu’est la servitude volontaire ?!

    Mais, comme des pantins, quand les choses ne sont vraiment plus supportables, l’humain se révolte puis s’empresse de remettre le pouvoir entre de nouvelles mains, comme si cela allait par miracle changer quoique ce soit.

    Pour ça, nous les Français, on est quand même de sacrés bouffons.

    Société régicide mais rois de l’aveuglement, on se targue de la Révolution Française (non, non, les majuscules ne sont pas là par erreur), tout ça pour…élire…un Gouvernement soi-disant représentatif de la patrie mais qui impose des lois parfois absurdes par la force, où l’intégrité humaine se laisse écorner.

    C’est quand même le comble du ridicule.

    L’apprentissage de l’Histoire, pâle reflet de ses nombreuses facettes, soigneusement triées, en ayant comme fil d’Ariane la lignée des différents leaders, ignore la réalité vécue par la majorité. Comme si le peuple n’avait été tous ce temps que des figurants de leur époque.

    Où sont les histoires des quotidiens populaires ? Le peuple n’aurait-il été que zombies oeuvrant en silence et sans passion pour la monarchie ?

    L’histoire est racontée de manière à formater un système de pensée fourbe, nous poussant à voir l’évolution dans une période limitée afin de limiter la remise en question du bien-fondé de la situation dominés-dominants dans laquelle les sociétés sont enlisées depuis si longtemps.

    En utilisant les monarques comme perpétuelle référence temporelle, on ancre (à force d’habitude) la notion de chef d’état, de gouvernant, tout en lançant l’idée qu’aujourd’hui, un président c’est tellement mieux qu’un roi (avant c’était pas aussi cool qu’aujourd’hui, wesh t’as vu, comment on est plus libre sans roi).

    Sans compter que l’on nous rabâche « l’histoire » (celle qui commence avec Jésus ouais, tous ceux pour qui nous sommes en 2016 aujourd’hui sont concernés. Je parle de l’année d’écriture alors ne chipote pas si tu lis ça en 2023, tu m’as compris. Je le sais.) en long et en large, laissant planer autour de la préhistoire l’image des dinosaures et des premiers hommes.

    La préhistoire ouais, ce petit détail qui compose l’essentiel de notre histoire.

    Combien sommes nous, lorsque l’on pense préhistoire, à voir comme première image un homme de cro-magnon et/ou un dinosaure ? (je compte les mains levées.. oui.. oui… c’est bon, vous pouvez baisser la main.)

    ,

    Ben oui, pour bien des gens le passé du monde c’est dinosaures, Cro-Magnon, écriture, époque sombre médiévale, ouf sauvés par les lumières et paf, industrialisation. Le tout agrémenté de quelques guerres par ci par là parce qu’il faut bien gagner du pognon, euh, je veux dire aider les autres à se formater, pardon, se développer aussi bien que nous.

    Pourtant bien des millénaires de sociétés ont grandies, se sont épanouies pour finalement décliner lors de cette mystérieuse période entre les cavernes et le début de la chrétienté.

    Les mêmes stigmates qui nous assaillent ont déjà réduit des peuplades à travers temps et globe.

    Maintenus dans une structure dominante, nous avons du mal à discerner que notre époque se base sur des concepts de plus de 2000 ans.

    Vous me direz que la société a bien changée entre temps.

    Evidemment, mais je parle de culture. (rappelle toi, on est en 2016, sur qui se base ta temporalité à ton avis?)

    Mais croyez vous réellement que dans le passé les mondes n’évoluaient pas ? L’histoire n’est pas figée en périodes « fixes » ! (ouais ouais, les gens y sont tous restés pareils pendant des siècles avant woh les blaireaux!) Les générations évoluent, ainsi que les techniques et les pensées. Alors que quand on y réfléchit, nombre de ces civilisations, ces empires, ont vécus bien plus longtemps que notre jeune culture d’à peine 2000 ans…

    Ce que l’on fait, ce que l’on pense, la cohabitation que l’on essaie de créer maladroitement, tout tourne en rond depuis des millénaires.

    Celui qui décrit le passé a du pouvoir, ce pouvoir né de la courte mémoire intergénérationnelle de l’humain. Le pouvoir d’influencer en faisant croire aux autres que tout a « toujours été comme ça ». (et on est tellement cons que l’on répète bêtement un tas d’informations/principes/idées sans les avoir vérifiées et/ou au moins réfléchi à leur raison d’être..)

    A chaque nouvelle expérience d’organisationsociétale des droits se gagnent, d’autres se perdent, avant de revenir des siècles plus tard comme une évolution, les mémoires ayant oublié que ce droit chèrement gagné existait déjà en des temps lointains. Tout comme l’on oublie que les droits d’aujourd’hui ne seront peut être pas ceux de demain si nous ne prenons pas garde.

    La seule différence réelle avec le passé est notre technologie à double tranchant.

    L’information circule plus vite, l’espace de liberté d’expression de chacun gagne du terrain.

    L’information circule plus vite, l’espace de lobotomisation collective s’intensifie aussi.

    Nous détruisons notre sens commun et notre habitat, la Terre, unique et indispensable, plus vite que jamais.

    Alors il est temps de vraiment prendre le temps. De réfléchir. Chacun, parce que personne n’a de vérité absolue, et que le seul moyen de ne pas se borner à une vision est de toujours avoir beaucoup de questions et peu de réponses. Et même de remettre en question ses propres réponses régulièrement.

    Les mises à jour, c’est assez moderne comme concept, non ?

    Bien sûr, l’étude du passé et des pensées mène à mieux comprendre le monde. Etudier les autres pour mieux se comprendre, c’est important. Mais pas au détriment de sa recherche intérieure. A force de hiérarchiser, on s’impose des systèmes de foi pervertis qui étouffent le développement personnel, à coup de jugement sur soi et autrui.

    A force de hiérarchiser, on s’inflige mutuellement une place pré-conçue, où l’individu ne cherche pas à dévoiler son potentiel mais à essayer de trouver un moule lui correspondant à peu près, quitte à être un peu serré dedans.

    D’où l’expression « bien moulée » (aucun rapport avec le fruit de mer) et la mode des leggins.

    Dès le départ, on nous apprend à faire des concessions, comme si l’on était incapables de mener sa barque juste en s’écoutant. Il y a toujours quelqu’un prêt à taxer d’utopistes les traceurs de rêves . Parce que ce chemin n’existait pas avant, parce que personne n’a l’air de vouloir que tu le traces toi même.

    Pourtant, chaque chemin est simplement unique.

    Chaque personne a son style, ses compétences. Mais les trouver, les exploiter, peut être un long chemin, qui demande du temps. Et ce temps, la vie et ses virtuels impératifs l’engloutissent.

    Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours écrit, joué mes pièces de théâtre imaginaires, chanté, j’ai toujours su que j’étais une Créatrice. Mais je pensais que pour écrire, il fallait écrire comme les auteurs que je lisais à l’école. Que pour composer un morceau, il fallait faire comme les compositeurs classique qui ont pourvu à mon éducation musicale.

    Que ce n’était pas à la portée de chacun.

    Dès que je faisais quelque chose par moi même, la voix intérieure du jugement m’expliquait à quel point ce que je faisais était faible, ne correspondait pas, n’avait aucune valeur à l’analyse.

    Alors je me croyais incapable, j’idéalisais les autres, tous ceux qui arrivaient à créer.

    Et inexplicablement, même si la voix du jugement et de l’analyse me disait parfois que ce que les autres créaient n’était pas non plus si extraordinaire que cela, je les admirais quand même parce qu’ils créaient.

    Des années à tourner en rond, c’est bien cela.

    Jusqu’au jour où j’ai créé, un peu par erreur, beaucoup par curiosité, dans des domaines où je ne maîtrisais tellement rien que je ne pouvais pas me juger. J’étais juste, contente d’avoir « fait ».

    Et progressivement, j’ai mené la flamme libératrice vers ce qui m’était le plus familier, pour me rendre compte que cette fois j’y arrivais, et qu’en plus, à force de faire, je me rapprochais d’un style bien à moi, que je progressais.

    Que pour réussir, c’était tout bête, mais il suffisait de se lancer.

    Et de se donner le temps.

    En libérant notre temps, nous pouvons l’utiliser pour nous perfectionner dans un domaine qui nous plaît. Les journées sont aussi bien remplies, remplies de vérités éphémères, de découvertes, d’explorations, de perfectionnement.

    La différence avec le travail ? C’est la volonté de dispenser son temps comme on le souhaite, parce que souvent les idées naissent n’importe quand, en ne faisant rien, en prenant le temps d’écouter une musique, de lire quelque chose, de jouer, ou tout simplement de rencontrer.

    Là où tout, même notre rythme personnel nous est imposé, le travail reprend son sens étymologique de torture.

    Là où efficacité et rendement prennent le pas sur harmonie et pleine conscience, aucune pratique ne peut aboutir à son épanouissement le plus total.

    Parce que non, je ne veux pas gagner ma vie (ne l’ai je pas déjà gagnée en m’extirpant du ventre de ma mère ?), je ne veux pas donner mon temps pour simplement consommer, chier, reconsommer, jeter et recommencer.

    Ma vie, je ne la gagne pas, je l’explore, je la pousse, je la titille : elle et moi, c’est passionnel !

    Je ne veux pas limiter mes choix et mes envies à une liste de possibilités, je ne veux pas croire que mon instinct est inférieur à celui de quiconque en ce qui concerne ma vie.

    Tout comme je ne veux pas me limiter moi même à ce que je connais déjà ; je ne veux pas me contenter d’évoluer dans ce que je considère déjà parfait pour moi.

    Les deux laisseraient ma pensée stagner.

    C’est comme décider de reprendre un morceau de musique.

    Parfois, tu connais une version qui te convient tellement que tu ne ressens pas le besoin de la reprendre. Tout ce que tu pourrais faire, c’est imiter ce que ton oreille ne veut pas entendre différemment, alors à quoi bon ?

    Parfois, même si le morceau te transcende, toi même tu l’aurais joué autrement. Alors là, tu te fais plaisir en le faisant tournoyer jusqu’à la naissance de ta propre version. Ta toute personnelle vision dans l’élan créateur d’un autre, ayant trouvé sa source aux mêmes volutes du monde imaginaire que toi.

    C’est comme ça que je vois la recherche de sa voie.

    Parfois, ce n’est pas dans ce que l’on aime le plus que l’on va évoluer.

    Parce que sans héros, on a moins tendance à vouloir atteindre quelque chose qui n’est, justement, pas entièrement nous.

    C’est un peu comme écouter du métal et se rendre compte qu’on est super doué pour jouer du reggae.

    D’abord, tu souffres.

    Ce n’est pas, mais alors pas du tout ce que tu voulais, (et ça fait mal, mal, mal !) mais la facilité avec laquelle tu t »insères t’emporte. Tout paraît fluide sous tes doigts, les notes s’enchaînent d’elles-mêmes sans comprendre d’où cela vient.

    Naturellement doué.

    Si on nous l’avait dit, on y aurait jamais cru, voir même on aurait été horrifié !

    Du coup on apporte plus facilement notre « touche personnelle » vu que l’on n’est pas familiarisé à ce monde musical. Et petit à petit, une nouvelle musique naît, la fameuse « fusion », et même si l’on n’est toujours pas fan de reggae, on le comprend, on le ressent, on l’apprécie mieux et on y intègre nos envies, nos goûts.

    Une feuille vierge dans un domaine (mais qui y excelle!) ET qui ramène un bouquin venu d’un autre monde (richesse inconnue dans le coin)

    Une nouvelle réalité qui intègre nos goûts et nos dons.

    .

    Ceux que l’on idéalise ne sont pas sur une voie qui leur convient parce qu’ils sont différents/chanceux/doués/(insérez ici une excuse quelconque), mais juste parce qu’ils sont partis en croisade pour se retrouver.

    Eux-même passent par des périodes de doutes, de remise en question, d’abattement sur le pourquoi ils se compliquent la vie au lieu de se laisser bercer par le quotidien et de noyer leur cerveau dans tout et n’importe quoi plutôt que cette perpétuelle quête.

    Mais ce sont aussi ces gens qui, parce qu’ils font ce qu’ils veulent au moment où ils le veulent, sont complètement impliqués dans leur action. Parce qu’ils s’écoutent, ils suscitent l’admiration des gens qui les observent à ce moment là, où ils brillent de leur feu intérieur.

    Lorsque je rencontre des gens qui disent de quelqu’un qu’il est une « sacrée » personne, je leur rappelle que le sacré n’est que la valeur de l’unicité de nos vies propres et qu’on est tous un sacré quelqu’un, avec nos propres forces et envies. Notre joyau de liberté, notre noyau unique et précieux.

    Ne reste plus qu’à se décider à tous partir à la recherche de notre Graal.

  • Jouer à pile ou face sur l’autoroute

    Un de ces week-end coup de tête où tu t’attends à quelque chose et où dès que tu arrives, tu comprends que rien ne se passera comme tu le croyais.

    Tout commence dans la mauvaise humeur parce que tu as mal aux jambes, que tu en chies pour te déplacer de la table à la chaise, et que franchement les gars, vous auriez pu me dire qu’on partait à une manif ! On était quand même partis pour un week-end musique/montage de projets artistique en mode chill-out affalés dans le salon, alors qu’est ce que je fais au dessus d’une autoroute, à glisser dans la boue pour descendre les quelques mètres de dénivelé qui y mènent ?

    J’ai beau avoir râlé tout mon possible la veille au soir, tenté la pitié pour que l’on me laisse agoniser tranquillement à la maison en attendant le retour de tout ce beau monde, ces infâmes voyous que j’appelais mes amis m’ont traîné de force sous prétexte que si j’étais d’accord avec leur cause, je me devais de venir manifester moi aussi.

    Ah ben tiens !

    Comment vous expliquer : oui, je suis contre l’aéroport, tous les gros projets qui nécessitent de tabasser la nature à gros coup de pelleteuse en général d’ailleurs, non je ne sais pas ce qu’est réellement une ZAD, mais la discussion a commencé à vraiment m’effrayer quand vous avez parlé du sérum phy à utiliser en cas d’envoi de lacrymo à la gueule par les forces de l’ordre, (au passage, fut un temps n’appelait-on pas la police « les gardiens de la paix ? ») sans compter le passage ou vous utilisiez le mot courir, qui, au vu de mes jambes en convalescence, me donne autant de chance qu’un lapin borgne et unijambiste (un côté l’oeil, l’autre côté la jambe) face à un guépard affamé. Ce qui veut dire même pas la possibilité au lapin de faire un regard spécial « grands yeux ouverts qui brillent et t’attendrissent » (et oui, rapellez vous, il est borgne)

    Face à l’inadmissible intransigeance de mes tortionnaires, je commence par me traîner vers cette fameuse autoroute et suis attrapée par une bande de joyeux manifestants qui, me voyant dans une position inconfortable, viennent m’aider à descendre en un seul morceau et m’abreuvent de bière une fois arrivés.

    Le breuvage me redonne un coup de fouet et là, je lève les yeux sur ce qui m’entoure.

    En un clin d’oeil, toute bougonnerie envolée, je réalise que je suis à pied sur une autoroute bondée d’êtres humains, tant et tant que je n’arrive à voir au loin la fin de cette marée de chair.

    Je prend le temps d’observer les panneaux d’indication routière, qui, lorsque l’on n’avance pas à plus de 100km/heure, semblent grotesque tant ils sont énormes. Mon attention s’ouvre au son, et je réalise soudain, effarée de ne l’avoir entendu avant, que je suis a quelques mètres d’une batucada improvisée qui donne à cette manif un goût de bonne humeur festive.

    En avançant plus loin, je vois des enfants, des papys, des mamies, plein de gens que je ne m’attendais pas à trouver ici. Mais en même temps, qu’en savais-je ? Je n’avais jamais réellement participé à ce genre de choses.

    Je repense à l’image qui en est véhiculée en générale et mesure directement le fossé. Je commence à discuter profondément des raisons qui animent tout un chacun d’être ici et tout d’un coup, je me sens toute petite.

    Moi qui l’ouvre toujours pour râler, il était temps que j’utilise ma mauvaise humeur légendaire pour autre chose que faire chier mes potes ou refaire le monde à travers des paroles uniquement. Même si communiquer est important, s’exprimer en groupe publiquement a quand même un autre standing…

    Moi qui ai toujours cru avoir très peu d’idée préconçues, j’ai pris au fil de ma journée claque sur claque en pleine tronche.

    J’ai aussi découvert le début d’une force.

    Mais tout cela, c’est après que je peux le dire. Sur le moment même, je me laissais entraîner par la vague, de rencontre en rencontre, d’arrêts musicaux en arrêts musicaux, de prise de conscience à l’éloignement de mes peurs.

    Au final, nous repartons en voiture pour rentrer chez mes amis, mes gentils amis qui m’ont poussé au delà des limites que je ne savais même pas avoir. Je me sens d’humeur songeuse, je reste silencieuse et personne ne perce ce moment de flottement. Je sors un stylo et laisse mes émotions se déverser.

    « Qu’étais-ce ? Peur ou désinformation ? Pourquoi avais-je si peur ? Pourquoi croyais-je à ces idées de violence sous-jacente ?

    Espoir. Dénué ? Ne sont-ce pas des idéalistes ?

    Amour. Si présent, partout autour de moi. Réunion de ces gens au cœur ouvert. Mais qui de cette ambiance ou de cet élan, cette raison, cette cause nous transcende au delà de tout.

    Doutes. Eloignés maintenant, bien que présents. Bien que l’envie, enfin en vie, je suis dans le déni de cet esprit, simple survie.

    Nécessité. Car enfin au fond de moi, je ressens l’au-delà, loin des mots, sans concept, juste en filigrane, l’absolu sentiment : le tous ensemble et enfin, le reflet étendu de ce que l’on nomme respect.

    Vérité ? Je ne pourrais dire cela, car chacun en soi résonne de l’écho de cette voix sans nom.

    Chacun en soi raisonne au propos d’un murmure qui refuse l’abandon »

    Ce fut le ressenti direct qui m’envahit.

    Et bien que je sais qu’il y a tout de même la violence qui arrive après, j’ai appris à connaître dans les temps qui ont suivi les gens qui vivent le quotidien de cette survie, et à comprendre le traumatisme ancré dans l’esprit de ceux qui ont survécus à l’évacuation de Sivens, et à la perte d’un camarade sous leurs yeux incrédules et impuissants face à une autorité qui a pour elle des moyens que le citoyen n’a pas à sa disposition, et dont il ne veut peut être pas. Alors qu’il n’y a pas la police d’un côté et les citoyens de l’autre, car tous sont les éléments fondamentaux du peuple: des êtres humains, je constate pourtant une méfiance réciproque.

    Et à ces moments là, je repense à ce que l’on apprend dans les écoles de police.

    Être là pour garantir les libertés.

    Où s’est-on perdus entre temps pour en arriver à cette animosité ?

  • Le Caméléon en Robe Rouge.

    L’origine du caméléon en robe rouge.

    Je marche entre les rayons, le regard absorbé par les différentes couleurs et matières qui chatoient autour de moi. Les lumières artificielles du magasins me plongent dans une transe elliptique déclinée en divers tissus qui me semblent danser tout autour de moi. Je passe ma main sur un vêtement, caresse son galbe encore ferme de vêtement neuf, apprécie leur douceur qui, je le sais, enserrera bientôt mon corps.

    A ce moment là, j’oublie.

    J’oublie la réalité du monde qui se cache derrière cet étalage de promesses. J’oublie les petites mains qui ont travaillé pour les fabriquer, j’oublie les multinationales qui pillent les ressources du monde, j’oublie les inégalités, et j’oublie même les idées préconçues de genre. Je me laisse juste aller à ce plaisir fugace, à la recherche de l’achat qui sera le bon, qui me transformera en femme fatale, ou tout du moins me donnera l’impression d’être plus belle que jamais. Ce costume à qui je confierais le soin de relever l’image que je n’arrive pas à redorer juste de moi même. Une splendide robe rouge attire mon attention. Je cherche fébrilement, fouillant ses sœurs jumelles afin de trouver celle qui s’adaptera à ma taille, soulagement lorsque je trouve, et sans attendre, je fonce l’essayer dans les cabines.

    C’est bien sûr à moitié déshabillée (entendre le tee-shirt coincé autour de la tête et les bras emmêlés) que ma sœur décide d’ouvrir le rideau pour voir le résultat. Cris, grognements (pour ma part), rires (pour la sienne) et promesses de tortures futures plus ou moins violentes, je me dépatouille et referme le rideau avec panache dans l’espoir de mettre un peu de dignité dans tout cela. Une fois rentrée dans la robe de mes rêves, je n’ose bien sûr pas sortir de la cabine pour aller voir à quoi je ressemble, et ma petite sœur est partie suite à mes menaces. C’est malin.

    Je risque un œil à travers le rideau, personne en vue, je crapahute jusqu’au miroir et ouvre un œil indécis sur ce que j’y vois. Je me trouve plutôt jolie, même si je ne suis pas habituée à porter de telles choses. Ma raison revient à ce moment là, doutes et culpabilité me hantent et m’appellent à ne pas participer à ce système de surconsommation.

    Tiraillée entre ces deux sentiments, j’affiche tout mon scepticisme sur mon visage, et c’est ainsi que ma mère, qui arrive à propos, me décrypte et m’enjoins à me faire plaisir pour une fois et surtout, insiste sur le fait que cette robe, ben elle me va super bien et tout ça, que tu es belle, hein madame vous trouvez pas, tu vois la dame elle le dit aussi…

    En même temps, tu voulais qu’elle réponde quoi ?

    Ma sœur revient à ce moment là en me tendant les boucles d’oreilles qu’elles m’ont acheté. Je suis touchée, me rappelle d’une phrase qu’elle m’avait offerte : tu ne veux pas fermer les yeux, ok, mais tu peux cligner des yeux parfois.

    Et me retrouver avec ma famille à partager une vie plus classique, ça me repose, ça me fait du bien, et j’ai besoin de me sentir bien en ce moment. Je dois réfléchir à ce que je veux de ma vie, et pour cela, je décide de me plonger totalement de l’autre côté du miroir. Va pour la robe ! Et je vais aussi prendre des collants tant qu’à faire !

    Toute cette histoire, sur quelques jours, s’est finie avec une capeline, du maquillage, quelques bijoux, une paire de talons faramineux et des sorties où je profitais de la force que mon attirail me donnait. Se sentir forte sur ses talons, voilà bien un sentiment que je ne connaissais pas, et je dois le dire, c’était grisant.Une démarche qui d’un coup commence à devenir sûre d’elle, et les hommes qui soudain se retournent sur ton passage, presque intimidés pour certains. Un pouvoir presque animal qui donne à ton regard la braise qui fait fondre la glace de tous les iceberg dans lequel tu le plantes. Et les gens qui t’écoutent, même lorsque tu parles de sujet où d’habitude l’attention diminue au fur à mesure qu’ils se disent « oh, mais c’est une hippies/originale/artiste/activiste/et j’en passe-bref-différente…, c’est normal qu’elle pense ainsi ».

    Avec mon nouveau style, les discussions commencent, on se demande comment j’en suis arrivée à penser comme ça, on me pose des questions, comment changer ses habitudes de consommation, comment vivre plus naturellement, n’est ce pas trop difficile… C’est incroyable, mais pour la première fois, de mes proches aux inconnus, tout le monde commence à voir la personne que je suis, loin des idées préconçues qui me collaient à la peau auparavant. Et là, je peux exprimer la différence que je voulais pouvoir arborer, mais qui, lorsqu’elle est cachée sous un vernis, paraît soudain plus compréhensible et digne d’intérêt.

    Ce masque social me tend aussi l’appât de cette attraction que je suscite autour de moi lorsque je déambule dans mon apparat. Ah ! Séduction quand tu nous tiens ! Quel pouvoir sur nous même et sur les autres !

    Je me sens à une intersection de vie.

    Je suis dans la possibilité de me couler dans ce plaisir, d’être entourée de ceux que j’aime, d’être écoutée, de ne plus galérer jour après jour juste pour mes besoins primaires, de pouvoir m’octroyer un plaisir quand je le souhaite, d’avoir un peu de légèreté dans la vie. Arrêter de tout le temps me poser des questions sur comment améliorer le monde à mon échelle, arrêter de culpabiliser dès que je fais quelque chose que je sais être un vote, commercial mais vote quand même, pour le monde de demain que je n’approuve pas. Un peu par égoïsme, parfois par ignorance, souvent par fatigue. Fatigue de trouver d’autres solutions, de prendre plus de temps alors que je n’en ai déjà pas assez me dis-je, de me sentir seule alors que je vois tout le monde qui s’en fout.

    Je pense aux possibilités que cela implique : sans tourner le dos à mes idéaux, je peux aussi utiliser mon nouveau super-pouvoir de caméléon pour diffuser des idées, sensibiliser, agir de l’intérieur. Et vivre à côté de cela une vie confortable, et agréable. Me poser, construire quelque chose. Agir, mais sans pour autant vivre autrement que ceux qui m’entourent. Et surtout, grâce à cela, me débarrasser de ma peur du lendemain, savoir que j’aurais les moyens de subvenir à mes besoins, de voyager, de prendre du plaisir à découvrir le monde, faire la gamine devant une souris dans un parc d’attraction, me payer des heures d’escalade, de tir à l’arc, dix caisses de bonnes bières, un parapente, un saut en parachute, un stripteaseur pour une soirée entre copines ou une ballade dans la poche d’un kangourou… (même si l’idée de se balader dans un utérus est vraiment dégueulasse. Ne me remerciez pas de vous avoir mis cette idée dans la tête, c’est cadeau.)

    Tellement de choses deviennent possibles avec de l’argent…

    Mes récents achats m’ont donné l’envie d’en faire plus, parce que la sensation du vêtement neuf ne dure pas, son éclat se ternie, et l’impression de changement qu’il procure aussi. Et pour finir, avoir mon cocon, celui dans lequel j’aurais l’impression que rien ne peut plus m’arriver lorsque j’y entre. Partir travailler le matin, et me laisser aller sans culpabilité à me faire un bon repas, un bon film, un bon verre, une bonne partie de jeux vidéo, parce que je l’aurais bien mérité après une bonne journée de travail. Avoir chaque journée prise, ne pas avoir le temps de penser à tout ce qu’il se passe, regarder le journal et y penser quand même, du coup filer des sous à Greenpeace, et pourquoi pas m’inscrire dans une asso, faire du bénévolat de temps à autre, et laisser à d’autres le soin et la galère de se révolter.

    A la rigueur faire une manif de temps à autre si elle est pas loin et que j’ai le temps. Et encore, ça me saoule les manifs. Je suis souvent d’accord avec les manifestants, mais bon, c’est pas pour moi. C’est tout juste si j’ai conscience de ce qu’il se passe en politique,j’ai autre chose à faire de mes week-end. Samedi soir j’assiste à une course de kangourous. C’est devenu une vraie passion.

    Oui, je me coulerais bien dans cette petite vie heureuse. En fait, aujourd’hui, j’en ai la possibilité. J’ai l’offre d’emploi la plus géniale que l’on peut imaginer, il ne me reste plus qu’à abandonner ma liberté pour cette sécurité. Et je le répète, n’oublions pas que je suis une froussarde. Alors, ça fait rêver, je peux vous le dire.

    Au fil de mes pensées, de mes rêves de sérénité et de plaisir, je remarque déjà qu’il y a moins de place pour le « agir », et que le caméléon risque de perdre son pouvoir à changer d’apparence. Qu’il y a de plus en plus d’envies qui viennent se greffer au doux programme de ce que je pourrais faire lorsque je serais sur les rails de la consommation facile.

    Quand prendrais je le temps d’aller à la rencontre des gens qui tentent de construire cette existence alternative ? Comment pourrais je encore prétendre faire un pont entre deux mondes si je choisis de ne vivre que dans l’un des deux ?

    Et alors que je recherchais depuis des années à savoir dans lequel de ces mondes j’étais vouée à évoluer, je comprend que celui qui veut faire le lien, celui qui joue au caméléon, balancera éternellement entre deux univers qu’il se doit de comprendre et d’explorer. Que mon caractère dispersé et disparate est ma meilleure arme, l’indispensable atout qui me pousse à transcender mes peurs de l’inconnu pour mieux comprendre la diversité, dans la globalité du monde qui m’accueille.

    Mais je réalise aussi à quel point je suis sensible au confort et à l’appel du divertissement ; voyages, jeux vidéos, instruments de musique, bustes en bronze des pompiers du calendrier, petite maison à la campagne, amis, famille, pompiers du calendrier en chair et en muscles… Tout cela est tellement tentant. Je m’y perdrais à coup sûr. Je suis comme tout le monde : j’ai envie d’être heureuse. Et tout cela me rendrait sûrement heureuse, non?

    Alors quoi ?

    Je suis une éternelle insatisfaite me direz vous.

    Certainement.

    C’est d’ailleurs je pense la raison de mes éternelles pérégrinations, parce que, croyez moi ou non, je suis tellement effrayée par tout que, malgré des années d’aventures, je continue à avoir très peur avant chaque départ face à ce qu’il risque d’arriver. Tellement peur que je suis toujours à un poil de cul de tout annuler et de m’enfoncer dans mon canapé. Heureusement l’expérience m’a prouvé qu’à chaque épreuve j’arrivais à rebondir (comme un kangourou, oui). Alors je fonce, tout en me demandant éternellement pourquoi je m’inflige cela.

    Et bien je crois que voilà la réponse.

    Quand le caméléon en a marre de sa robe rouge, il remet ses grosses chaussures de marche et part à la rencontre d’horizons inconnus pour avoir de nouvelles histoires à raconter lorsqu’il la remettra, décrivant les différents mondes qui existent à ceux qui n’ont pas la possibilité de les explorer. Dévoiler le plus honnêtement possible ses sentiments, ses angoisses et ses incertitudes, et surtout ses propres incohérences.

    Parce que l’on est tous face à ce maelstrom de contradictions, le caméléon les observe, les vit, les décortique, et remet sa robe rouge pour raconter ses découvertes de son point de vue.

    Juste au cas où un jour ça servirait à quelqu’un.

    Dans un univers ou un autre, du moment qu’on y trouve des pompiers et des kangourous.