Périple d’une jeune musicienne qui se cherche (5)

Cinquième partie des aventures mouvementées de notre musicienne. Pour le début, allez voir les parties 1 à 4 !

L’expérience d’un voyage en bus failli faire perdre la raison à mon petit canidé. Il n’avait jamais eu à se retenir de courir/manger/boire/sauter partout/inonder le sol d’excréments aussi longtemps, pour ne pas dire jamais. C’était pour le moment un chiot des bois, et c’est une Boule de Poils tremblante qui s’engouffra dans l’étrange chose en métal. Mais bientôt, surexcité par les enfants chamailleurs, il jappait à tout va, tentant à chaque seconde de s’échapper de mon étreinte. Les quelques heures de trajet furent heureusement entrecoupées de haltes salvatrices pour l’habitacle. Une crotte, même d’un si petit chien, dans un espace aussi réduit, ça se sent.

Très vite. Et très fort.

C’est d’ailleurs ce qui motiva le premier arrêt un bon quart d’heure avant l’heure prévue. Les moniteurs commençaient à se demander si m’emmener était une si bonne idée que cela, déjà que ce n’était pas très légal… Eux aussi avaient été emportés par l’euphorie de l’après-midi… Hormis ces petites aventure, j’appréciais le temps que m’offrait ce voyage pour essayer de réaliser que je rentrais, de sortir de mon mode sauvage pour me remettre en route ma fonction « vie civile ».

Arrivés à destination, je prend rapidement congé de mes covoitureurs en les remerciant une énième fois de m’avoir ramené. Je regarde les murs de la ville autour de moi, une étrange sensation me prenant à la gorge. Après un mois à contempler l’immensité, je me sens enfermée dans cette rue. Je flotte encore dans une bulle d’air pur et de simplicité, une bulle de calme qui commence à se percer face au tumulte de la cité.

J’arrive finalement chez moi et retrouve mes colocs. Nous nous enlaçons en rigolant, ils trouvent que j’ai l’air radieuse. Rien n’a changé, c’est étrange. Je me sens différente, et revenir dans cet endroit familier en étant quelqu’un qui n’est plus la même me fait me sentir détachée de ce qui m’entoure. Je suis contente de revoir ce monde mais ne suis pas totalement présente pour autant.

Je me lève pour aller aux toilettes.

Au moment de tirer la chasse d’eau, je regarde cette immense quantité d’eau dévaler le long de la paroi pour évacuer ce minuscule bout de papier et les trois gouttes dont j’avais gratifier la cuvette. Cela me serre le coeur. Après tout ce temps à n’utiliser que les toilettes sèches de la cabanes, je ne pouvais regarder toute cette eau potable, celle que je devais aller puiser dans la source derrière la cabane si je voulais boire, se retrouver ici utilisée à outrance. J’appréciais de retrouver l’usage des commodités telles qu’une vraie douche cela dit, mais toujours avec cette sensation aberrante lorsque je prenais conscience de la quantité d’eau qui s’échappait.

La sensation de l’air qui passe sur mon visage me manquait, loin de la terrasse couverte de la cabane où j’avais pris l’habitude de dormir, dehors mais protégée des éléments, exception faite des soirées vraiment trop fraîches où je me repliais à l’intérieur. La symphonie des oiseaux qui me réveillait le matin, les sorties « nourrissage des poules, ramassage des œufs, entretien du jardin »….

J’avais aimé tout cela.

Mais le terrain que je voulais conquérir était celui de la rue, était celui des bars, des pubs, des restaurants, en gros, des endroits où était le public. Et pour cela, je devais réussir à reprendre ma connexion avec ma citadine identité. Une seule certitude, il me faudrait un peu de temps pour me réhabituer, mais l’expérience que j’avais vécu avait fait de moi une personne plus forte, cela m’avait rapproché de l’entièreté de mon être.

Une nouvelle facette de moi-même venait d’éclore.

J’étais officiellement devenue une femme des bois vivant dans une jungle urbaine.

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Les premiers moments avec Boule de Poils furent épiques.

Petits et gros besoins sur le canapé, pétages de câbles nocturnes et bruyants, fureur de l’immeuble le lendemain matin, bref, la prise en main était un chouia compliquée. En même temps, on ne m’avait pas fourni le mode d’emploi avec la bestiole ! Heureusement, sa petit bouille angélique et ses facéties craquantes était son arme la plus efficace. Si bien que Boule de Poils, bien qu’il ne soit plus le petit chiot ravageur qu’il était, arrive encore a faire chavirer les cœurs -et hélas maintenant les meubles aussi, dans la maisonnée.

Mes colocs sont tombés eux aussi sous le charme emmêlé de notre ami a poils longs, et ils s’occupent bien volontiers de lui lorsque je pars travailler.

Tous les jours, depuis mon retour de la forêt, je repars jouer dans la rue, et apprend lentement à dépasser mes craintes, à comprendre le fonctionnement d’une foule et à réaliser que dans ce dur métier, savoir parler est bien plus important que de bien jouer. Grâce à cette nouvelle énergie, due à la force de détachement que j’avais acquise, j’arrivais enfin à jouer pour mon propre plaisir, ce qui me permettais de redistribuer cette joie au badaud, sans la pression de résultat qui, avant, me dictait les impressions post-représentation.

J’avais réalisé que jouer dans la rue, cela veut aussi dire animer la rue.

Et que pour cela, la façon d’amener une chanson est bien plus importante que son interprétation. J’avais travaillé sur un texte que je trouvais assez percutant et humoristique, ainsi que un costume qui définissait mon statut d’artiste à mon sens, ainsi qu’une mise en scène qui mettait en valeur mes morceaux. J’avais d’ailleurs plein de nouvelles chansons, comme si, après avoir tellement galéré à trouver ma créativité, je n’arrivais plus à en fermer les vannes.

Je me retrouvais donc à faire l’imbécile face aux divers type de spectateurs, à rire avec ceux qui déambulaient, à faire participer le public qui s’arrêtait, à créer un bonheur, impalpable mais omniprésent, pour tous. Juste une impression de vie qui accompagne tout un chacun dans la grisaille des murs ternes d’une grande cité envahie des gens si différents les uns des autres. Juste quelque chose qui les relie et leur met du baume au cœur en rentrant du travail, ou qui, tout simplement, rythme leurs courses, leurs ballades, leurs rencontres.

Et je comprend enfin que ce n’est pas parce que les gens ne s’arrêtent pas qu’ils n’apprécient pas ce qu’ils entendent. Car ma musique inonde la rue d’un bout à l’autre, et chacun m’entend avant même de me voir. Même s’ils se contentent de me jeter une pièce en passant, ou même de simplement me gratifier d’un sourire, je sais qu’ils sont avec ma musique d’un bout à l’autre de leur chemin.

Après ce mois de recul sur mes débuts dans la rue, je sens que je suis enfin devenue une vraie composante de la cité, et lors d’une énième bière avec les deux musiciens qui m’avaient encadrés lors de mes débuts, nous repensons à cette première semaine où j’avais cru que le monde autour de moi s’effondrait, en riant de mon ancienne tétanie. Je passe de longues heures au téléphone avec mon bûcheron une fois par mois, où l’on se raconte nos histoires de cœur, en rigolant, et en se satisfaisant de pouvoir partager cela ensemble.

C’est moins dur de se retrouver seul quand on sait que quelqu’un pense quand même à vous quelque part, même si ce quelqu’un n’est pas notre Quelqu’Un. En plus, j’avançais tellement plus vite dans mon épanouissement personnel depuis que je ne me souciais plus d’être en couple, que je commençais réellement à croire que ce n’était tout simplement pas fait pour moi…

J’avais réussi à ouvrir les vannes de ma créativité, à sortir jouer mes compositions devant les gens que la rue mettait à ma disposition, et partait même jouer dans des bars, des soirées d’anniversaires, des campings, en gros, partout où l’on voulait bien de mes chansons.

Ca n’avait pas été une mince affaire cela dit.

Parce que, mine de rien, aller voir des gens pour leur dire « salut, je fais un truc génial, je suis super, tellement géniale que tu veux aaabsolument m’engager ! » (ben oui, ça se résume un peu à ça), c’est pas évident. Au début, tu commences par rassembler tout ton courage, tu essayes de ne pas avoir l’air tremblotante (l’épisode du bassiste-qui-a-eu-peur-que-je-m’effonde-en-plein-concert ne m’a jamais vraiment quitté) et de convaincre en une ou deux chansons.

Puis tu réalises qu’en fait, c’est bien plus tôt que tu dois avoir convaincu. Dès les premiers mots quasiment. Finalement, ça marche beaucoup à l’affectif tout ça je crois. « On » t’embauche plus parce que t’es sympa que parce qu’ « on » y connaît quelque chose à la musique.

Du moment que tu mets l’ambiance…

Un jour, alors que tout avait mal commencé par une antipathie réciproque et inexpliquée entre le patron et moi, j’étais en train d’interpréter mon premier morceau sans énergie tant tout paraissait perdu d’avance, quand un client est entré dans le bar et s’est mis à danser.

Je finis de jouer quand il lance :

« Génial ! C’est ma tournée pour l’artiste ! Vas-y, fais nous une autre chanson ! »

Je me lance dans un deuxième morceau, revigorée par l’intérêt du client, et j’ai la surprise de voir le patron se dérider et commencer à battre discrètement la mesure avec ses doigts. Alors que j’étais partie pour ressortir sans un contrat, il me programmait le mois suivant dans son bar.

La réciproque fonctionne aussi.

Alors que j’entre dans un pub pour proposer mon spectacle, la patronne m’offre un verre et nous commençons par discuter de notre vision du monde, se trouvant plein d’affinités. Elle m’offre un second verre, un troisième, et nous parlons pendant les deux heures suivantes sans ralentir le rythme.

Au moment où je sors mon instrument pour faire une démonstration, je tanguais tellement que je n’ai pas été capable de jouer correctement quoique ce soit. Je venais de démontrer un sérieux manque de professionnalisme et cela me servit de leçon. Je retournais là-bas quelques semaines plus tard pour demander une seconde chance que j’obtins.

Mais cette fois-ci, je commandais un jus de fruit, et commençais mon déballage directement après.

Je n’ai jamais oublié la morale de cette histoire. Rester professionnel, cela veut aussi dire garder une certaine distance avec les potentiels clients, et la beuverie ne se mélange pas avec le boulot.

D’accord, c’est évident au premier abord.

Mais la tentation est si facile lorsque c’est offert…

Il y a aussi les mails. Écrire à un tas de gens que tu ne connais pas, passer dans les spams, faire partie de ce que toi tu détestes : ceux qui pourrissent ta boîte de réception pour faire leur pub. Enfin, ça aurait pu être pire, j’aurais pu faire ça vingt ans auparavant, avec la vraie pub en papier, celle qui en plus de faire chier les gens, décime les forêts. Mais je m’attelais à cette partie rébarbative du travail tant bien que mal.

Après des semaines à réécrire mon mail type, à me créer un blog, à faire des vidéos, des enregistrements, des photos, des textes, des visuels, bref, tout un tas de trucs ennuyeux pour moi et pour lesquelles je n’avais absolument aucunes compétences, je commençais à envoyer mes premiers courriers. Pour rien semblait-il, personne ne répondait. Je ne savais même pas s’ils les lisaient à vrai dire.

Alors, j’abandonnais, puis je recommençais, puis j’abandonnais, n’y croyant plus, et je recommençais, ne voulant me dire que c’était à cause d’un manque de confiance et d’efforts que je n’allais pas réussir. Et c’est au moment où je continuais sans plus trop y croire mais juste pour aller au bout de moi même qu’arrivèrent les premiers retours.

D’abord des refus. Glaçant de lire que « notre style » ne correspond pas à leurs goûts, leurs attentes, ou que sais-je encore pour dire qu’ils n’aiment pas ce que tu fais.

Mince, ce sont de mes bébés que vous parlez !! (première réaction)

Bof, on ne peut pas plaire à tout le monde. (deuxième réaction, mais pourquoi ça fait si mal alors?)

Je dois faire des chansons plus commerciales (troisième réaction, vite rejetée, sans commentaire)

Allez, on remonte en selle ! (quatrième et dernière réaction, mais la foi n’y est pas vraiment…)

Heureusement en suivant, des retours positifs, et la reprise de l’espoir instantanée. La com’, c’est un peu comme les montagnes russes, nausées comprises.

Mes premières dates me paraissaient miraculeuses et je profitais de chacune d’elles avec intensité, me disant à chaque fois que ce serait peut-être la dernière. J’arrivais à prendre plaisir à jouer seule, je n’avais plus la trouille, je savais que je pouvais toujours me rattraper en cas d’erreur, j’étais seule, au fond, aucune raison de m’inquiéter. Personne ne pouvait savoir si je m’étais plantée, je n’avais qu’à faire comme si tout était normal.

Je ne jouais pas encore très souvent ailleurs que dans la rue, mais tout commençais à décoller doucement. Je n’espérais cela dit qu’une chose à ce moment là. Une nouvelle chose. Encore. Insatiable course qui cachait toujours une autre montagne derrière la première colline.

Je voulais partager avec d’autres musiciens.

Je n’avais jamais osé jouer avec d’autres personnes, je ne commençais que tout juste à maîtriser mes instruments en dehors d’une partition ou d’un morceau créé, lentement, quasiment note à note. L’improvisation était encore un domaine inconnu pour moi et que je désirais visiter. Heureusement, un jour, quelqu’un s’est pointé devant moi avec un billet pour l’aventure.

Je viens de finir un magistral set de rue et je suis très satisfaite du moment crée. Je reste là, pensive, un sourire collé sur les lèvres, lorsqu’un jeune homme au visage souriant vient me voir pour me dire qu’il apprécie mon travail. Je l’ai effectivement déjà vu plusieurs fois s’arrêter pour apprécier quelques notes au vol. Et il se délestait régulièrement d’une pièce pour garnir mon chapeau. Je le remercie chaleureusement et nous commençons à discuter. Il est guitariste et me propose de venir boeufer avec certains de ses amis le soir même lors d’une soirée organisée pour l’anniversaire de son actuelle petite amie.

Bien sûr, avec moi, les choses ne sont jamais simples !

J’étais ravie, et je ne rêvais que de cela, jouer avec d’autres personnes, me lâcher en direct, tisser une trame musicale comme ça, dans l’instant ! Mais bien-sûr, j’étais complètement paralysée. Encore une fois, Peur Bleue s’occupait de me couper les ailes. C’était sans compter le caractère plutôt délirant du guitariste qui me faisait face. Faisant fi de mon inertie, ni une, ni deux, il embarque mon instrument et commence à partir. Voyant que je ne bougeais pas, il se retourne et me lance :

-Heureusement que je ne veux pas te voler ton instrument vu ta réactivité!

Je me reprend, attrape le reste de mes affaires et me dis que l’on verra bien où les événements me mèneront. Et me voilà, sprintant derrière mon accordéon, maudissant les grands et leur jambes, obligée de trottiner derrière lui pendant qu’il marchait tranquillement.

Petite halte à la supérette du coin et l’on ressort avec un pack de bières géant. Deux immeubles plus loin, un coup de sonnette nous ouvre l’accès sur un long couloir sombre que nous traversons jusqu’à aboutir dans un jardin intérieur. Au fond, une petite maison que l’on s’étonne de trouver, perdue au milieu de tous ces hauts bâtiments, avec comme seul accès pour la rejoindre le couloir d’un autre immeuble.

On entre. C’est une atmosphère chaleureuse qui nous y accueille. Puis une voix rugit soudainement.

-ah, mais c’est toi qui joue dans la rue ! J’adore ce que tu fais !

Tout le monde se retourne vers moi dans un micro-silence qui heureusement ne dure pas longtemps. Je me sens rougir, j’ai envie de creuser un trou pour m’y cacher, mais au fond, je suis ravie. On me passe un verre, je fais connaissance avec les personnes présentes et me sens directement à l’aise avec tout ces gens. Tout le monde est très intéressant, avec une ouverture d’esprit très agréable, et il y a plein de personnes travaillant dans des milieux totalement différents. Je suis étonnée de trouver ici, très décontracté, un banquier en train de faire un jeu à boire tout en fumant quelque chose dont l’épaisse fumée embaume la pièce. Bonne leçon pour moi qui pensais ne pas juger les autres à leur apparence ou leur travail !

Un petit groupe commence à jouer ; il y a un piano, une contrebasse, une batterie, un violon, une clarinette, deux guitares et des micros à foison. Je m’approche discrètement et commence à les envier. J’aimerais tellement pouvoir me joindre à eux.

Qu’est ce qui m’en empêche ?

-Tu n’en es pas capable, tu n’es pas assez douée, tu vas te ridiculiser, me susurre Peur Bleue en une longue litanie.

Je reste bloquée dans une joie douloureuse. Qu’il est beau de passer des moments comme celui là. Qu’il est triste de ne pas oser faire ce que je désire. A vrai dire, je ne sais pas trop comment ça a pu arriver, mais, me laissant aller à l’euphorie régnante, je me retrouvais avec un micro en main, complètement exaltée, dans un état second, n’écoutant plus aucune des petites voix qui habituellement me dictaient ma conduite. On parle souvent des ravages de l’alcool, mais à ce moment là, je pense qu’une bonne cuite était le remède le plus efficace à ma peur.

Pour la première fois, je me laisse porter par les notes au lieu de juger et de m’écouter. Ma voix se fond dans les autres instruments et devient une composante du tout. Je ne cherche plus à prouver que j’en suis capable, je n’essaye plus de trouver ce que je juge Beau mais me laisse aller à ce qui est Vrai. Les sonorités se déroulent d’elles-mêmes, je n’ai qu’à me laisser surprendre pour accrocher une note et me laisser emporter avec elle sur le grand huit qu’elle est en train de créer.

Bousculée, chavirée et secouée par les chemins détournés et tortueux qu’elle emprunte, je découvre qu’il n’existe pas de fausses notes si l’on sait se raccrocher au wagon.

Au milieu de la nuit, alors que nous n’étions plus que cinq survivants à faire les prolongations et à se raconter nos vies, je leur balance que je suis pianiste à la base. Je leur fais un court résumé de mon parcours en matière de musique, de mes craintes, de mes espoirs, bref, ils ont droit à mon curriculum vitae complet.

Bien-sûr, ils me poussent à jouer un morceau, et je leur interprète quelques classiques qui me restent dans les doigts. Un peu chancelante, il faut le dire, j’avais littéralement abandonné mon piano depuis mes retrouvailles avec mon accordéon, et je rappelle qu’il était très tard et que la soirée avait été plutôt intense !

Ils ont l’air contents, se balancent des regards plein de sous-entendus.

Je fronce les sourcils.

Ils rigolent.

Ca tombe bien, leur pianiste les avaient lâchés et ils ont besoin de quelqu’un pour le remplacer. Premier concert dans un mois…

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J’avais un groupe !!

On allait faire notre premier concert !!

Est-ce que j’étais pleinement satisfaite ?

Bien-sûr que non !

Alors que toute ma vie je pensais que cela me suffirait, que lorsque j’aurais assez de courage pour faire ce dont j’avais toujours rêvé, je pourrais commencer à me détendre, je voyais qu’il me manquait encore quelque chose. Même si, il faut l’avouer, je ne m’étais pas encore débarrassée de mes doutes.

« Faire » ne veut pas forcément dire « y croire » réellement.

Il me manquait un nouveau but. L’impression de me battre pour une cause qui me touchait.

L’impression d’être utile en ce bas-monde.

Je me sentais parfois vide, et je ne savais pas comment me combler. Je crois que j’avais passé tellement de temps à me battre contre moi même, que j’étais en manque de combat. Je cherchais mon nouveau cheval de bataille, mais ne sachant pas vers où me diriger, je me contentais pour le moment de vivre chaque jour en essayant d’être le plus présente possible, sans essayer de me projeter où que ce soit.

De l’observation naît souvent la compréhension.

Alors je continuais, jour après jour, à tâtonner pour trouver mon chemin, pour trouver ma liberté intérieure, pour réussir à lâcher-prise sans pour autant abandonner. Heureusement j’avais mon petit pitre poilu, et rien que le voir grandir était une expérience nouvelle et enrichissante pour moi.

Les jours s’enchaînaient et moi je cherchais à savoir qui j’étais. Mais je changeais tellement vite qu’il m’était inutile de me poser ce genre de questions. Les jours s’enchaînaient et moi je planais. Je laisser le courant m’emporter là où seul lui même le savait.

Et encore….

Le fleuve a-t-il conscience de là où il se dirige ?

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La salle est immense, l’ambiance lumineuse époustouflante.

J’ai les mains moites, le cœur à cent à l’heure et la respiration saccadée. Je tente tant bien que mal de juguler mon stress en contrôlant ma respiration mais l’atmosphère lourde de la salle me donne déjà l’impression d’étouffer. Cet effort de concentration finit de ruiner le peu de calme qui me restait, et au lieu de me détendre, ma pseudo séance de relaxation se transforme en crise d’hyperventilation.

Super.

Les autres membres du groupe se précipitent vers moi, l’air anxieux. C’est notre premier concert, et bien qu’ils soient tous d’accord sur le fait que, techniquement, il n’y a rien à redire sur mon jeu, ils connaissent aussi mon légendaire manque de maîtrise nerveuse. Et là, à un quart d’heure de l’ouverture, je vois sur leurs visages qu’ils se demandent s’ils n’auraient pas du privilégier la gestion du stress à celle du clavier.

Soit, moi-même je me demande ce que je fais là.

Après avoir tellement souhaité faire de la musique mon métier, après avoir miraculeusement rencontré cette sympathique bande lors de mon retour en ville, après avoir passé un mois à bûcher comme une dingue, me voilà en train de me rappeler du vieil adage « méfies toi de ce que tu souhaites car tu pourrais être exaucée. »

Argh.

J’ai envie de vomir, ça y est.

Cela dit, je m’y attendais. C’est chronique chez moi. Angoisse égale, dans une équation toute personnelle, vidange par le haut dans une désorganisation spatiale de l’ordre établi par mon estomac. J’hésite entre fuir aux toilettes pour satisfaire cette envie une bonne fois pour toute ou verrouiller mon estomac en espérant que le verrou ne saute pas en pleine représentation. Le public est en train de s’installer, ça discute, ça rigole, je n’ai plus le temps.

Un coup d’oeil au reste du groupe m’indique qu’ils ne sont pas mieux lotis.

Etant donné leur expérience scénique, je pense, à raison, que cet air douloureux qu’ils affichent n’est dû qu’à l’impression d’évanouissement proche qui se dégage de moi. Par soucis de leur bien-être, je me dirige d’un pas décidé vers la bouteille de whisky que l’on a acheté pour boire à la fin du concert et me sers un shooter que je bois cul-sec.

Hop !

Mieux vaut être légèrement alcoolisée que complètement tétanisée. Je suis la brûlure qui passe de ma gorge à mon ventre en savourant la sensation de chaleur au fur et à mesure de sa descente. Qu’il est bon de sentir son œsophage…. Je m’ébroue avec un claquement de langue et relève la tête, prête à relever le défi. Après avoir rejoint le reste du groupe, occupés à triturer leurs instruments avant le grand moment, je leur lance un tonitruant :

« alors, prêts ? »

Des regards mi-amusés, mi-exaspérés me répondent. Mais je vois leurs épaules se décontracter très légèrement, ils sont soulagés de me voir reprendre du poil de la bête.

Le quart d’heure suivant se déroule sans moi. Le pilote automatique a pris le relais, et m’a conduite sur scène, me redonnant le contrôle de ma vie sournoisement en plein milieu du deuxième morceau. Mince alors, où est ce que l’on en est ? Je parie pour la reprise du couplet.

Pas de chance, on entamait le refrain.

Trois paires de gros yeux plus efficaces qu’une bonne engueulade me fouettent dans la seconde, je patine un peu et me rattrape aux branches dans un effort désespéré. Effort couronné de succès. Je me rassure intérieurement en me disant que personne n’a du rien remarquer.

-De toute façon, tu n’as quasiment que de l’accompagnement et quelques fioritures à faire, me balance la petite vieille aigrie qui vit en moi, C’est pas comme si ta voix comptait vraiment !

C’est pas le moment de me faire ce genre de remarque. Je recentre mon esprit sur ce que je dois jouer. Fin du deuxième morceau, je ne m’en suis pas trop mal sortie. Je me demande vite fait comment s’est passé le premier morceau en croisant les doigts. J’espère que le pilote automatique connaissait bien ma partition.

Notre chanteur raconte sa vie, parfait. Ca me laisse quelques instants pour rassembler mes idées.

J’ai un solo dans le prochain morceau, qui plonge mon angoisse dans un niveau bien supérieur, tout en augmentant mon excitation. Ce moment où, de noyée dans la masse sonore, tu es portée au dessus des flots. Ce moment où tu exultes en t’entendant jouer ainsi soutenue par ton groupe, tout en angoissant à l’idée de balancer des fausses notes dans tous les sens. Celles que tu sais, ou plutôt crois savoir, qu’elles seront entendues par tous.

Les premières notes de mon improvisation arrivent, hésitantes, mollassonnes, emplies du doute qui m’assaille comme à chaque fois. Mais l’adrénaline procurée par le public attentif me propulse dans les hautes sphères libératrices de la créativité. Encore une fois, la magie opère. Le public disparaît de ma perception, ne restent que les sons.

Mes doigts s’envolent, guidés par l’émotion, je me laisse portée par les harmonies étonnantes que cet état de grâce me propose. Je ne sais plus qui de moi ou de la musique guide l’autre, mais je sais que les notes se sont emparées de mes sentiments les plus profonds et s’attellent à les exprimer de la manière la plus sincère que je connaisse. Je finis mon solo les larmes aux yeux et repars sur l’accompagnement, toute peur envolée.

A partir de ce moment là, le reste du concert se déroule avec sérénité, me laissant la certitude que je suis à ma place. Plus de place pour le doute : je suis musicienne, c’est ma voie, j’oublie les incertitudes et remercie la vie de m’avoir faite telle que je suis.

Je suis en phase avec moi-même.

Une heure plus tard, nous célébrons notre première réussite commune à coup de whisky coca et envisageons la suite de notre partenariat avec enthousiasme. La bouteille finie, on engrange sur les packs de bières et l’on finit la soirée complètement éméchés, à faire un bœuf qui nous paraît si exceptionnel que l’on enregistre immédiatement nos premiers jets. Pas sûr que le résultat passe l’évaluation d’un lendemain sobre, mais en tout cas, l’instant est formidable et l’on finit de souder des liens solides entre nous.

Je décidais à ce moment là que je devais devenir plus sérieuse, pour mieux me maîtriser. Je voulais leur donner le maximum, honorer la confiance qu’ils m’avaient accordée, être la pianiste qu’ils avaient vu en moi.

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Quand je me sentais un impérieux besoin de reprendre contact avec moi même, j’allais m’étendre sur une branche d’un arbre du parc d’à côté.

Une fois perchée là-haut, je faisais le point avec moi même sur l’état de ma vie, sur l’évolution de mes émotions, et me laissais tout simplement aller au plaisir d’être perchée, en contact avec son tronc rugueux. Ses nœuds s’enfonçaient dans ma peau, et me donnaient l’impression d’une séance d’ostéopathie. Je laissais aller mes pensées et, dans ces moments bénis, arrivait à retrouver les fondements de ce que je voulais être au plus profond de moi-même. Bien-sûr, j’étais fréquemment interrogée du regard par le nombreux passants, donc je pris très vite l’habitude d’y aller de nuit.

Je n’avais pas forcément envie que tout le quartier me connaisse comme étant la fille de l’arbre.

Bien que j’avais parfois l’impression effectivement que mon séjour dans la cabane m’avait quelque peu transformée en femme des bois.

Je suis donc dans mon arbre, en amont du rendez vous « galant » pour lequel j’hésitais plus ou moins à annuler mes engagements, rattrapée par la voix du « ce ne serait pas raisonnable », quand j’ai la surprise de voir mon guitariste passer devant moi. Il ne m’a pas vue, cachée dans les branchages, et lorsqu’il passe à ma hauteur je saute de mon trône végétal, lui arrachant un cri de surprise. Alors qu’il se prépare à défendre sa vie en tentant de cacher la lueur de panique au fond de ses yeux, il me reconnait enfin.

-Nan mais ça va pas la tête ?!, me hurle-t-il dessus. Tu veux ma mort ou quoi ?!

Je lui laisse quelques instants pour retrouver un rythme cardiaque décent et se draper dans les lambeaux de sa dignité de mâle viril, puis explose de rire. Froncement de sourcils, il me répond d’un regard outré. J’embraye sur une question.

-Tu vas où ?

Soulèvement de sourcil, il me répond d’un regard exaspéré. Ok, je change de langage. J’arque mes sourcils dans un arrondi que j’imagine parfait et lui lance un regard interrogatif, mêlé de mon air le plus innocent possible. Il sourit en secouant la tête.

-T’es vraiment impossible toi, dit-il avec un troisième regard, amusé cette fois çi. Je me rend chez une charmante jeune fille avec qui, je l’espère, on va passer…une bonne soirée.

Sursauts de sourcils,son regard vire au lubrique. Je souris. Ben oui, même lui se laisse du bon temps pour décompresser. Il a toujours une nouvelle « petite amie ». Je le laisse continuer son chemin et dégaine mon téléphone pour répondre à mon prétendant que j’arrive.

Mon arbre ricanne.

Je m’éloigne alors que son ricanement me poursuit :

-Alors, s’exclamait-il pour me charrier, on part rejoindre son autre tronc ?

Ah oui.

Très subtil.

Ben voyons, il ne manquait plus qu’un arbre scabreux dans ma collection d’Habitants de Mon Cerveau. Je décide de faire fi de ses remarques, et m’embarque sans préambule dans une nouvelle histoire d’un soir, qui allait avoir, je l’espérais, au moins le mérite de me faire déconnecter. Je passe en coup de vent à l’appartement, me rue sur mon armoire et en éjecte quelques tenues qui pourraient convenir à ma soirée.

Après avoir donné à ma chambre une apparence post-cambriolage, je me décide pour une robe rouge et noir qui dit clairement « amusons-nous » sans pour autant annoncer de suite la couleur. En gros, je suis prête à danser toute la soirée, et plus si affinités. J’opte pour une paire de chaussures plus confortables qu’esthétiques, afin de ne pas finir les pieds en charpie. Passage éclair dans la salle de bain, une touche de maquillage, une pince dans les cheveux pour mettre en valeur mon visage et hop, me voilà dans le bus qui m’entraîne au centre-ville.

Je n’ai qu’une demi-heure de retard.

J’arrive au lieu du rendez-vous et trouve mon partenaire assis face à une pinte de bière entamée aux trois-quart. Un petit sourire le déride et je m’installe en commandant la même chose pour lui et pour moi, histoire de me faire totalement pardonner. Je l’observe l’air de rien en me disant que la soirée promet d’être bien agréable, tout en évitant quand même de trop lorgner sur ses bras musclés. Je sens une pointe de désir monter en moi, campe mon regard dans le sien, et lui demande de me parler un peu de lui.

S’en suit une heure de conversation totalement insipide pendant laquelle il me parle d’un tas de sujets plus ou moins polémiques où il entreprend de me prouver qu’il est un indécrottable crétin, crachant sur les chômeurs, les minimas sociaux, les étrangers, les riches, la société, bref, le monde entier exception faite de lui-même semble-t-il, qui seraient tous la cause du « malaise ambiant ».

Je bois ma bière le plus vite possible, malgré la difficulté que j’ai a déglutir tant son monologue m’exaspère. Encore une soirée qui ne répondra pas à mes désirs. Toute attirance a définitivement disparue. J’arrive à me trouver une excuse absolument pas crédible pour mettre fin à la séance de torture et sors du bar, en méditant sur le fait de ne plus accepter d’invitation d’un type, aussi mignon soit-il, sans avoir au préalable discuté avec lui plus de cinq minutes, voir lui avoir fait remplir un questionnaire.

Du genre « ton profil de psychopathe/psycho-rigide/psycho-ce-que-tu-veux(rayer les mentions inutiles)  en cent et une questions ».

Je tourne dans une ruelle menant au métro quand je tombe sur une bande de lourdauds qui me lancent les habituelles phrases sensées faire, dans leur esprits de lourdauds, se pâmer les filles. C’est vrai que lorsque l’on me lance un « wo t’es bonne, on fait connaissance ? » sur un ton plus ou moins agressif qui s’imagine viril, j’ai de suite envie de répondre « oh oui, prend moi sur le trottoir ».

Logique.

Nan, je crois vraiment qu’ils s’attendent à ça vu l’augmentation du taux d’agressivité lorsque tu les éconduis. Même gentiment. Tu passes de la « bonne » à la « salope » en un centième de seconde. J’essaye de garder contenance et continue mon chemin sans accélérer pour ne pas leur donner un signe extérieur d’angoisse, afin de ne pas émoustiller leur testostérone débordante.

Arrivée sur la place, je respire un bon coup et m’engage dans la deuxième ruelle, dernière étape pour rejoindre ma rame. Je commence à regretter d’avoir pris le raccourci et n’arrive pas à juguler la tension que la rencontre avec la bande de mecs à fait monter en moi. Je cherche à maîtriser ma respiration mais la peur prend de plus en plus le dessus sur moi. J’ai beau être passée par ce chemin une centaine de fois, il me paraît menaçant ce soir. Les lampes à gaz font vaciller les ombres, et alors que d’habitude cela me donne une reposante sensation de paysage sous-marin, ce soir elles ont l’air de vouloir m’attraper avec leurs tentacules brumeuses.

J’entends un bruit de pas derrière moi. Je lance un coup d’œil par dessus mon épaule, discrètement, et aperçoit un homme visiblement alcoolisé, d’une quarantaine d’années, qui me détaille de la tête aux pieds avec un sourire envieux.

Mon alarme intérieure se met à hurler.

Je ne sais plus si je suis en train de m’imaginer des choses suite à l’agression verbales d’avant, ou si je dois réellement me méfier. C’est ça le pire avec le harcèlement des mecs lourdingues, c’est que ça nous plonge dans un état de stress qui en devient presque normal vu la fréquence où ça nous tombe dessus quand on a le malheur de vivre en ville. Alors comment faire la part de la parano et de l’instinct ?

Je prépare mes clés dans une main en guise d’arme, c’est tout ce que j’ai, et mets mes sens en alerte. J’ai toujours cru que toute situation pouvait se résoudre avec le dialogue, mais je ne me sens pas la capacité à discuter sans laisser trembler ma voix. Et montrer sa peur à un ennemi potentiel n’a jamais été une bonne stratégie.

Dans ce moments là, il se passe une chose étrange. Le temps paraît ralentir.

Cela peut soit devenir un moment encore plus angoissant, qui n’en finit pas, ou alors une sorte de sérénité où l’on a l’impression que finalement, on pourra tout gérer vu que ça tourne au ralenti. C’est un peu comme se mettre à jongler. Au début, on a l’impression de devoir faire des mouvements très rapides, on ne voit même pas le trajet des balles, on se contente d’y aller comme on peut. Et au bout d’un moment, on commence à suivre leur trajectoire, puis on s’aperçoit que l’on a largement le temps de faire un mouvement, que les balles ne courent pas, elles gambadent d’une main à l’autre.

J’aurais voulu dire que j’étais dans cet état, ce qui aurait voulu dire que j’utilisais ma peur de manière constructive au lieu de la laisser me diriger.

Ben non.

Moi, j’étais paralysée intérieurement, et j’avais l’impression de faire du sur-place, que le bout de la ruelle n’arrivait pas. Et parce que petit à petit, mon poursuivant avait rattrapé la distance qui nous séparait, parce que lorsque je faisais deux pas pour faire à peine plus d’un mètre, il n’en avait besoin que d’un, il se retrouva à ma hauteur et m’adressa la parole.

-Alors poupée, vu ta tenue t’as besoin de quelqu’un pour te ramoner les tuyaux

Beurk.

Ce type est tellement dégueulasse que le dégoût prend le dessus sur la peur.

Il me reluque en laissant traîner son regard dans mon décolleté et me passe brutalement la main sous la jupe. Je le repousse violemment et il se met à vociférer sur le fait qu’une fille bien ne s’habillerait pas ainsi, que l’on voit bien que tout ce que je veux c’est une bonne saucisse (si, si, il a bien dit saucisse…) me parle de brioche fourrée, bref, il me gratifie au passage d’un tas de métaphores culinaires.

Du coup, mes restes de peur s’évanouissent, de plus il est tout chancelant tellement il est plein. Bien-sûr, ma réaction peut paraître étrange, mais je me suis rendue compte que très souvent, l’anticipation est bien plus effrayante que le moment vécu. Quand on est dans le feu de l’action, on analyse différemment, l’instinct de survie nous dicte notre comportement, et là, il me soufflait de tenir tête à l’énergumène. En le regardant mieux, loin du prisme de la peur, je réalisais qu’il n’avait pas l’air si effrayant que cela, et qu’il était surtout incapable de réfléchir à ce qu’il disait.

Un mec frustré comme plein d’autres, imbibé d’alcool, qui pouvait donc être dangereux car instable, mais qui devrait pouvoir être maîtrisé. On voyait que c’était le type même du gars qui te raconte sa vie quand il a bu. Pas besoin de lui passer le questionnaire en cent et une question, son côté blaireau crevait les yeux. Sans même réaliser ce que je faisais, je le colle contre le mur en lui lançant des coups doigts accusateurs contre le torse pour appuyer mon discours.

« personne, tu entends, personne n’a le droit de juger ma façon de m’habiller, n’a le droit de me toucher sans mon accord ok ?! »

Je lui hurle dessus, et ouvre à ce moment les vannes au flot de révolte contre ce genre de comportement, et il prend pour tous les autres. Tout y passe, les lourdauds, les pays qui maintiennent encore leurs femmes en esclavage, ceux qui prônent que la femme doit se cacher derrière des vêtements informes au lieu d’éduquer leurs hommes au contrôle de leurs hormones, ceux qui croient que les femmes n’ont pas de besoins à satisfaire elles-aussi, ceux qui pensent que la femme à l’instinct du balai à chiotte dans l’ADN, ceux qui te tiennent la porte pour reluquer ton cul en se gaussant d’être des parfaits gentlemans, et pourquoi vous pensez d’office que trente ans pour une femmes égal besoin de procréer, et puis rugby féminin et match de catch dans la boue c’est pas la même chose, et toi tu serais content qu’on essaye de diriger ta vie ??! (à ce moment là, ma voix avait atteint l’amplitude d’un avion à réaction)

Mon pauvre agresseur se contentait de me regarder faire d’un air effaré, ne comprenant pas comment il en était arrivé de sa main sous ma jupe à la mienne lui assénant des coups répétitifs tout en lui hurlant dessus.

L’agresseur agressé en gros.

Il se ressaisit tout d’un coup et me repousse contre le mur d’en face. Il s’approche de moi, énervé, mais n’a plus l’air de savoir ce qu’il convient de faire. Je lui ai envoyé tellement d’infos en même temps qu’il trie en pensées mon discours malgré lui. Il commence à se justifier.

Bien.

Je commence à reprendre la situation en mains mais j’en préférerais un coup. Un coup de main bien-sûr. Pas de poing. Je vois par dessus son épaule une fenêtre s’ouvrir et quelqu’un qui jette un œil dehors pour voir d’où viennent les cris que je poussais quelques instants auparavant.

Mon mec bourré commence à me dire qu’il est pas un salaud, qu’il est un mec bien, un incompris, qu’il est le prince charmant de ces dames, mais qu’il faut comprendre, avec toute ces petites tenues, comment voulait on qu’il fasse ? C’est bien la faute aux femmes qui le repoussent, qui ne voient pas quel homme formidable il est, bla bla bla. L’habitant du dessus appelle la police. Je l’entend leur dire où nous sommes pendant que l’autre continue son monologue sans se rendre compte de rien tellement il est absorbé par son réquisitoire.

La fenêtre se referme et j’espère très fort que cette personne descende nous rejoindre.

Le discours se termine et il approche à nouveau de moi. Je dois dire quelque chose, gagner du temps. Une idée, vite. J’ai envie de lui dire quel dégoût il m’inspire, mais mon instinct de survie continue heureusement à me conseiller et m’incite à la réflexion. Analyse rapide et je me décide pour la stratégie de compassion.

-Ouais, je comprend. C’est pas facile quand les gens nous jugent sur la première apparence sans nous laisser le temps de montrer qui l’on est vraiment. (je compte bien l’amener, l’air de rien, sur le terrain de « chacun peut s’habiller comme il le souhaite » si j’en ai le temps.)

Je le laisse ingurgiter ce que je viens de dire, il n’est pas sûr de bien comprendre où je veux venir. J’assène le second coup.

-Je suis sûr que t’es un mec sympa en plus. C’est vrai qu’au début, tu m’as fait un peu peur, mais j’ai vu comment tu as réfléchi à tout ce que j’ai dit, et j’ai bien vu que ça te touchait. C’est pas tout le monde qui peut comprendre.

Allez, un petit coup de cirage. Ca fait jamais de mal. Bon, il se prend pour le prince charmant, on va lui en donner.

-C’est juste que j’ai rencontré une bande de types louches en venant ici, et j’avais super peur. Alors quand t’es arrivé, j’étais sur la défensive. Mais en fait, t’as plutôt l’air cool.

Et hop, un petit sourire timide. Son instincts de chevalier protecteur étouffe son instinct de prédateur impitoyable et affamé. Ouf. Il peut rejeter toute sa culpabilité non avouée par rapport à ma terreur et son égo mutilé par mon refus sur une bande de mecs-qui-sont-les-méchant-(mais-lui-c’est-un-gentil).

Du coup il veut m’accompagner jusqu’au métro « pour être sûr qu’il ne m’arrive rien ».

Bon, je ne suis pas encore sortie d’affaire, se débarrasser de lui ne va pas pas être facile. Mais déjà, il n’est plus agressif. Le problème, c’est que ça risque de ne pas durer. Pour l’instant, il est tranquille, parce qu’il croit qu’il a peut-être une ouverture finalement. Mais dés qu’il réalisera que je ne compte pas du tout rentrer avec lui, je devrais à nouveau déployer des ruses pour éviter l’explosion. Et ce n’était pas garanti que cela paye. Je n’essaye même plus de lui faire comprendre le concept de liberté vestimentaire, sentant à l’instinct à quel point le statu-quo actuel était précaire. Je pensais à tout cela en essayant de trouver une échappatoire lorsque je remarquais le type de la fenêtre dans un coin de porte. Il avait l’air de surveiller, ne sachant pas très bien quoi faire en voyant que j’arrivais à peu près à maîtriser la situation et ne voulant sûrement pas pousser le mec bourré à l’affrontement qui arriverait obligatoirement s’il le prenait de front.

Je croisais son regard, me retournais vers le mec bourré et minauda :

-Oh, mais c’est super adorable ! Mais en fait je ne vais pas au métro.

Je prend un air contrit.

– Je viens voir un ami qui habite dans la rue, il ne devrait pas tarder à arriver, d’ailleurs. Son interphone est cassé mais il savait que j’arrivais dans les cinq minutes.

-Mais merci, je n’oublierais jamais ce que tu as fait pour moi !

Ouais, me foutre la trouille de ma vie connard. Gros sourire que j’essaye de ne pas rendre trop hypocrite.

Le type de la fenêtre actuellement dans l’encadrement de la porte a compris le message, fait semblant de sortir de l’immeuble et m’interpelle :

-C’est pas trop tôt, t’es jamais à l’heure toi !

Ben mince, même les gens qui ne me connaissent pas m’interpelle de cette façon. Ca doit se voir sur mon visage. Je vais vers le type à la fenêtre qui est maintenant dans la rue et lui fait une accolade comme s’il était mon meilleur ami. Il me regarde dans les yeux et me dit qu’il serait temps que je m’achète une montre mais qu’il est content de me voir. Juste comme il le faut. Du genre on-sait-pas-si-c’est-mon-frère-ou-autre-chose, mais la situation a clairement changé. Je peux partir sans que l’ego de l’autre outre de vin ne le pousse à chercher la bagarre avec le nouveau venu. Il a su arrivé en se montrant assez proche sans pour autant passer pour un concurrent au yeux du gros dégueulasse.

Je me retourne une dernière fois vers lui et lui lance un dernier merci pour tout, fait demi tour, et m’engouffre dans l’immeuble a la suite du « type à la fenêtre actuellement dans le couloir », laissant le déchet humain dehors avec l’impression imprécise qu’il a du louper quelque chose quelque part.

On l’entend s’énerver d’un coup en donnant des coups de pieds dans les poubelles. Ca a quelque chose d’angoissant, même si nous sommes maintenant hors de portée. Mais heureusement, la patrouille de police arrive à se moment là. Le mec ne se calme pas.

Il passe sa fureur sur les flics.

Il est embarqué.

Merci, je n’aurais même pas besoin de m’en mêler, il s’est fait arrêter tout seul comme un grand. J’observe la scène par la fameuse fenêtre du « type à la fenêtre qui y est à nouveau mais avec moi cette fois », et qu’on a eu le temps d’atteindre entre temps. On l’entend maintenant pleurnicher sur son sort, sur le monde, sur le fait qu’on ne puisse plus passer une soirée sans être emmerdé par les poulets, et puis je paye des impôts, c’est moi qui paye votre salaire, et puis je suis un honnête citoyen, ah ça, dans les cités il n’y a personne mais pour faire chier les gens qui n’ont rien à se reprocher, et toutes des salopes.

Je vois bien à leur air dubitatif que les policiers, eux, ne voient pas très bien le rapport avec tout le reste.

Après lui avoir expliqué que eux aussi en payaient, des impôts, que l’honnête citoyen qu’il disait être venait tout de même de dégrader le matériel de la ville, qu’en plus il était dans une ivresse effectivement manifeste sur la voie publique, que s’il le souhaitait, il pouvait passer sa soirée avec eux en patrouille et venir s’amuser avec eux dans les cités afin de ne pas continuer à dire des énormités sur ce qu’il ne connaissait pas, bref, après avoir à leur tour argumenter face au bonhomme, ils le menottent, et zou, « au trot vers le commico. » (je cite)

Et bien, il en aura eu des leçons de vie ce soir le pauvre gars.

Je dis pauvre parce que je crains qu’il n’en ai imprimé aucune.

De mon côté, je commence à trembler, maintenant que l’alerte est passée, les nerfs reprennent le dessus. Le type à la fenêtre se transforme en type à la cuisine et revient très vite avec un plateau de trucs à grignoter et une bouteille de bière. Ainsi qu’un petit verre de ce que j’identifie comme étant un bon vieux rhum. Il me tend le verre, je le descend, en deux fois, histoire de tenter de le savourer. Les tremblements se calment. Je m’autorise un soupir de soulagement.

Je commence à analyser mon environnement, en espérant que c’est vraiment un chic type.

Sur le moment donc, retour de Peur Bleue qui nous fait une analyse en noir de tout. Parce que maintenant que l’alerte Une est passée, elle doit s’assurer de ne pas être embrigadée dans une autre galère, parce que la police est partie maintenant. Elle m’a soufflé de ne pas partir avec eux de peur de trahir mon mensonge devant le pauvre type. On ne sait jamais, dès fois que je le recroise. Nouvelle prise de conscience de Peur bleue.

-Je viens de boire un verre chez quelqu’un que je ne connais pas !, s’exclame-t-elle

Oui, bon, c’est pas la première fois hein.

-En plus, il est trop mignon, balance Fleur Bleue.

Heu, oui, là tu m’aides pas.

-Et s’il nous avait droguée ? Et si…

Ah mais tais-toi !!

-Mais ne dis pas n’importe quoi, il nous a sauvé la vie…

Ah mais non, stop la niaiserie aussi !

A force de discuter avec moi-mêmes, je devais avoir l’air bloquée parce que mon hôte me regardait maintenant d’un air songeur. Voir même un tantinet inquiet. Il devait sûrement lui aussi se demander s’il n’avait pas convié une barjo chez lui. Bon, inspiration, explications. J’enchaîne en un souffle un merci et un « désolée je bloque je réfléchis à la suite des opérations. »

Expiration.

Mon estomac fait retentir des gargouillements impressionnants dans tout le salon.

Ca creuse les émotions.

Reprenant son rôle d’hôte parfait, il m’indique le canapé et me tend le plateau de trucs a grignoter. Je me noie dans mon verre de bière et m’étouffe à moitié avec une saucisse apéritive qui a eu le malheur de passer dans ma gorge au moment ou je repensais aux métaphores culinaires de l’autre obsédé de la ruelle. Je passe aux carottes sans plus de conviction.

Hmm, pourquoi tout me paraît phallique d’un coup.

Je tente les calamars. Bon, ok, faut que j’aille me laver le cerveau là. Ca tombe bien, le type à la fenêtre se roule un pet. Il fait tourner. Je me détend. Finalement on apprend à se connaître, on rigole, on boit, et on décide qu’il m’accompagnera jusqu’à chez moi avec son vélo et qu’il me prêtera celui de sa copine que je lui ramènerais le lendemain.

J’entends Fleur Bleue soupirer à cette évocation.

Moi je passe une super soirée, et je n’en demandais pas plus. Qui devient encore plus exaltante lorsqu’il sort deux manettes. Comme toujours, les gars de ma génération s’étonnent encore lorsqu’ils tombent sur une fille qui leur met la pâté sur leur console. Bon, d’accord, mettre la pâté est un peu fort, parce qu’il était sacrément bon quand même. Mais du coup, c’était super excitant, parce que les matchs n’étaient jamais joués d’avance. On a donc enchaîné les combats, puis sommes passés sur des jeux de course, et pour finalement tester quasiment tous les jeux qu’il y avait dans la pièce. Plateforme, FPS, RPG, stratégie…

On était encore en train de tester sa vidéo-ludothèque lorsque l’on a remarqué quelque chose qui troublait la nuit.

C’était le soleil.

Incrédules, on a levé les yeux sur l’heure. Génial, je pourrais rentrer en métro et en bus finalement. Réaliser l’heure qu’il était nous a aussi fait réaliser à quel point nous étions subitement fatigués, et après un échange de numéros, je suis partie.

Quelle étrange soirée.

A peine arrivée chez moi, j’empoigne Boule de Poil qui dormait pépère dans son panier pour l’emmener vidanger dans le parc et qu’il ne me réveille pas avant l’après-midi. La mission accomplie tant bien que mal (BdP déteste quand on le coupe dans son sommeil, mais étant donné qu’il pionce quasiment 20h/24…Le reste de son temps étant consacré à sauter partout et/ou manger.) je vais me jeter sous les draps et pars dans un sommeil de cinq heure de type « même si un avion décolle à deux millimètres de mon oreille j’entend pas ».

Je me réveille avec la sensation de m’être faite machouillé les doigts de pieds, ce qui doit être vrai vu la concentration de bave les entourant.

Ah, Je crois que Boule de Poils a essayé de me réveiller pour me dire quelque chose.

La joli petite crotte sur laquelle j’écrase magistralement mon pied en sortant de mon lit me le confirme d’ailleurs assez rapidement. Ca me met d’humeur massacrante. Je vais me laver le pied en rejoignant la salle de bain à cloche-pied.

C’est sûr, ça réveille. Je ramasse le cadeau et sors ma serpillière. En me croisant dans la glace, je remarque une certaine similitude entre elle et ma coupe de cheveux actuelle. Je balance sans vergogne Boule de Poils dans la baignoire. Ca lui apprendra tiens. Et puis, il en avait bien besoin. Je passe à mon tour sous la douche.

Soulagée d’en avoir fini, je me dirige enfin vers le percolateur qui m’accueille d’un air aguicheur. Ca doit sûrement être sa faute si je suis accro au café tiens.

Je souris.

Je relativise.

Je philosophe.

Je refais un café parce que je n’ai absolument pas réalisé que je buvais le premier.

Je retourne dans ma chambre.

Bon, j’avais oublié de fermer ma porte et Boule de Poil s’est vengé en se vautrant tout humide dans mes draps.

Je souris (d’une manière un peu figée)

Je relativise. (c’est qu’une literie à changer. Et une lessive a lancer. Et a étendre. Pffff….)

Je philosophe. (ça m’apprend la patience, ça m’apprend la patience, ça m’apprend la patience…)

Je retourne me faire un café.

Y’a personne à l’appart de tout le week-end, et il ne fait que commencer, on est à peine vendredi. J’en profite pour mettre du métal à fond les ballons et commence ma mission « réhabilitation de l’espace de repos ». Je continue sur ma lancée et fais reluire le reste de notre maisonnée, tout en essayant de repasser la soirée de la veille.

Je souris (la fin de la soirée était géniale finalement)

Je relativise (finalement plus de peur que de mal)

Je philosophe (la croyance précède la foi)

Et puis quelque chose vient troubler la journée subitement.

C’est la nuit.

Sortie pipi, vérification des besoins évacués, et on rentre. Je décide que je suis fatiguée et vais me coucher. Réfléchir fatiguée, on le sait, c’est pas bon. J’ai le temps de sentir Boule de Poil sauter sur le lit et venir me léchouiller le bout du nez, et avant même d’avoir pu réagir, j’étais partie au pays des songes.

**********************************************

Je me réveille en mode vaseuse, et traîne ma carcasse jusqu’au canapé. Je m’autorise à glander. J’ai eu peur l’autre soir. Puis j’ai passé une soirée à jouer à des jeux supers avec quelqu’un de sympathique. J’ai eu peur de ne plus avoir l’occasion de m’amuser, de rire, d’être heureuse. Puis j’avais oublié la notion de temps dans la joie et la bonne humeur. Ca m’a complètement rappelé à quel point il était important de savoir profiter de l’instant présent, à quel point il était bon de faire des trucs juste « pour le plaisir ». Et aussi qu’un esprit déjà plein n’a plus de place pour accueillir de nouvelles idées.

Je décidais donc de consacrer ma journée au vidage de cerveau.

Une journée comme cela, ça se prépare.

Phase une : lancer le téléchargement d’une saison d’une bonne série à découvrir.

Phase deux : pendant ce temps, faire les courses, en prenant systématiquement tout ce qui est bon et pas raisonnable.

Fromages délicieux, les vins allant avec, un bon bout de viande de chez le boucher, du saumon fumé de chez le traiteur, des fruits délicieux chez mon primeur, et hop, passage chez le pâtissier pour un assortiments de douceurs hautement appétissantes. A bas les économies de sous et de bourrelets. A bas le temps rentabilisé et vive le gouffre temporel d’un enchaînement d’épisodes couplé de phases de jeu vidéo.

Phase trois : gérer le chien. Ca tombe bien, ma petite voisine de dix ans me harcèle depuis un mois pour pouvoir sortir Boule de Poil et rester l’après-midi avec lui. Et le samedi après midi, il n’y a pas école. Je sonne chez eux et négocie avec sa mère. On décide que ma bête poilue restera avec eux jusqu’au lendemain soir. Je l’abandonne outrageusement sur le palier de leur appartement, accompagné d’un sac de croquettes et de sa poupée-qui-en-fait-est-sa-proie-car-lui-grand-animal-sauvage.

Quelle amie indigne je fais ! Je pars dans un rire machiavélique pour bien exprimer mon immense cruauté.

-En même temps, la petite vénère littéralement le chien, et il va sûrement passer un moment formidable, me fait remarquer Bonne-mère.

Chuuuut !

Je me préférais machiavélique. C’est beaucoup plus drôle.

J’avais deux jours devant moi seule à l’appart et je comptais bien abuser de ce temps en me perdant dans cette fameuse débauche. Pas tout à fait celle à laquelle je pensais au début, mais celle dont j’avais envie, tout de suite et maintenant. Celle qui m’aidera à me relâcher et à retrouver mon insouciance, celle qui me ramènera vers le jaillissement des pensées, à m’aménager l’espace nécessaire pour les modeler, matériau qui mène à une nouvelle œuvre.

Vider mon cerveau . Passer du bon temps. Lâcher les « faut que » et valoriser les « pourquoi pas ». Je me prépare un plateau, enfile mon pyjama le plus confortable et m’installe dans le salon avec la ferme intention de ne plus en bouger de la journée. Dernière précaution, j’éteins mon téléphone. Je ne suis là pour personne. Je lance le premier épisode, les yeux grands ouverts, prête à me perdre dans une histoire fictive.

Et je fais taire la culpabilité à grand coup de spécialités culinaires.

Sans métaphore cachée derrière cette fois ci.

(à suivre…)

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