Les dessous de l’affaire du lièvre et de la tortue.


Tout le monde connaît l’histoire du lièvre et de la tortue.

Pourtant, personne ne s’est vraiment intéressé aux dessous de l’affaire. Car, soit, la tortue a gagné son pari, mais en dehors de la gloire éphémère auréolant sa victoire, que lui reste-t-il ?

Bien que l’histoire raconte que notre ami le lièvre s’est contenté de faire la sieste durant son parcours, la réalité est tout autre.

Il a effectivement commencé par faire un petit somme, sortant d’une nuit blanche où il avait bien profité de la vie, au dépend de sa course du lendemain. Il avait toujours privilégié ses amis aux manifestations populaires visant à prouver sa valeur aux yeux des autres. Il n’avait d’ailleurs accepté de faire la course contre la tortue que parce qu’il la savait importante pour elle.

Lorsque la tortue dépassa le lièvre somnolant contre son arbre, elle en a conclu qu’il n’avait fait que dormir au lieu de prendre cette épreuve au sérieux. Redoublant d’efforts, elle jubilait d’avance à l’idée de pouvoir clouer le clapet de ce pseudo lapin que tout le monde trouvait alors si génial. Car la tortue était un être frustré, qui ne rêvait que de choses inaccessibles au lieu d’essayer de cultiver ses propres points forts. La vitesse la faisait fantasmer. Elle ne se rendait même pas compte à quel point le lièvre l’enviait d’avoir tout le temps sa maison sur le dos. Le lièvre, voiture de course de la forêt, admirait la tortue-camping-car qui pouvait aller où elle le souhaitait sans se soucier des intempéries. Car son rêve à lui, c’était de faire le tour du monde.

Mais hélas, cette petite tortue ne rêvait que de prouver au monde entier qu’elle n’était pas la lente bestiole que tout le monde s’obstinait a voir en elle. Bien-sûr, elle n’était que le reflet de ce que ces petits camarades moqueurs avaient fait d’elle. Alors qu’elle aurait pu, si l’on avait mis ses vertus en avant, devenir, par exemple, la plus grande globe-trotter au monde. Mais elle restait bloquée sur l’humiliation qu’elle avait cru vivre lorsque, au collège des ptites bestioles, les autres élèves se moquaient de ses performances en sport.

Bien que la plupart des adultes se rendent compte avec la maturité que l’on est ridicule que lorsque l’on s’inquiète du regard des autres, et que ces regards méprisants viennent toujours des personnes les plus fragiles (et qui du coup se forgent une carapace de grande gueule parce qu’au fond, ils sont vides), la tortue, elle souffrait encore de ce passé pourtant révolu.

Notre bon lièvre ne supportait pas de voir la tortue être triste, et se décida à faire son somme, afin de laisser son amie prendre de l’avance. Se réveillant, il croisa la route de leur ami le mouflon, avec qui il but un petit verre, échangeant plaisanteries et renforçant par cela leur lien d’amitié. Prêt à repartir, il fit cependant un petit détour par la vallée afin d’amener à la fiancée de notre mouflon un gage d’amour, car il se savait plus rapide que monsieur mouflon qui avait encore fort à faire. En chemin, il aida la vieille madame Hibou a remonter ses courses, puis fini par craquer sur une boule de glace sur son chemin, tant il faisait chaud et qu’il savait que la toute nouvelle boutique de Mademoiselle Ecureuil peinait à trouver client.

Le temps qu’il revienne dans la course, il vit son amie la tortue prête à passer, étonnée, la ligne d’arrivée.

Ne voulant froisser cette dernière, il se précipita sous l’arbre où il avait fait un petit somme afin de s’y recoucher, faisant croire à celle qui voulait être son adversaire qu’il n’était qu’un fieffé prétentieux qui l’avait sous-estimée.

Cela fait maintenant des jours que la tortue se targue de sa victoire, et d’ailleurs, tout le monde l’évite dans la rue pour ne plus l’entendre jacasser. Pendant ce temps, notre petit lièvre voit ses amis, mange chez madame Hibou qui l’a invité pour le remercier, et finit tous ses repas par une délicieuse boule de glace, souvent offerte par celle qui depuis avait pignon sur rue. Alors encore une fois, qui dans cette histoire y a le plus gagné ?

Le lièvre, toujours volontaire pour faire un tour du monde, s’inspira de la tortue et se fabriqua une carapace-maison, qu’il emmena à travers les pays, heureux de réaliser ses rêves. Il avait beau être doué pour la vitesse, il n’en avait cure. Il ne l’utilisait que lorsqu’elle lui permettait d’aider autrui.

La tortue, quand elle vit cela, comprit enfin à quel point son obsession l’avait coupé de ses désirs. Elle avait plein d’autres rêves qu’elle avait occulté. Depuis, elle a ouvert une boutique de plongée sous-marine et se régale au fond des océans à faire des courses de vitesse armée de ses palmes.

Et vous savez quoi ?

Dans ce milieu aquatique, ça lui est même arrivé de gagner parfois.

Et pour de vrai cette fois.

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